Hotarubi no Mori e

H
Omori Takahiro

Hotarubi no Mori e

Animation – Japon (2011)

En vacances à la campagne chez son oncle, la petite Hotaru, six ans et déjà curieuse des légendes qui s'y attachent, se perd dans la forêt proche. Un jeune homme vêtu d'un masque qui dit être un esprit lui vient en aide, mais elle ne doit pas le toucher, sous peine qu'il disparaisse à jamais.

Les yôkai (妖怪) font partie du fond légendaire nippon et on les retrouve souvent dans les films d'animation que nous envoie l'archipel, le plus célèbre d'entre eux étant la Princesse Mononoké (もののけ姫) de Miyazaki [1]. Leur comportement peut aller de la gentillesse à la malveillance, ils peuvent porter chance ou, au contraire, être annonciateurs de ruine. Je vous renvoie à la lecture de ma chronique de l'excellent roman de Bando Masako Les dieux chiens, où des inugami (犬神) s'échappaient du vase dans lequel ils étaient enfermés et semaient la désolation dans une campagne du Shikoku.

Dans Hotarubi no Mori e, tous les esprits sont bienveillants à l'encontre du couple que vont former Hotaru et Gin. Ce dernier n'est pas vraiment un yôkai, il est suspendu entre les deux mondes par un sort que lui a jeté le Dieu de la montagne, et qui l'oblige à éviter tout contact physique avec un humain. Il devra apprendre cette règle – moyennant quelques coups sur la tête – à la petite Hotaru, un peu trop enthousiaste à vouloir le prendre dans ses bras après avoir été sauvée. L'ayant raccompagnée à la lisière de la forêt, au pied d'un escalier montant à un temple shinto, Gin demande à Hotaru de ne plus revenir, tandis que la gamine lui promet d'être là le lendemain, avec un cadeau pour le remercier.

Le jour suivant, Gin est au pied de la montagne, feignant l'étonnement de voir arriver la fillette. Ils vont se retrouver chaque jour des vacances, puis chaque été, jouant, découvrant la nature et ses mystères, rencontrant les esprits qui veillent sur le jeune homme. Les années passant, l'exubérante petite Hotaru qui bondissait dans les clairières et se suspendait aux arbres au risque de se casser le cou a laissé place à une collégienne sage et mélancolique, puis à une belle lycéenne ravie de montrer son superbe uniforme à son unique ami, qui lui n'a pas vieilli et se surprend à la voir enfin pour ce qu'elle est devenue : une femme.

Si la montée de la vague amoureuse est contrôlée tout au long de ces années par la jeune fille, qui préfère à la frustration de l'absence de contact la permanence de cette intense amitié, elle est comme un tsunami pour Gin, qui rêve désormais de serrer Hotaru dans ses bras. Après un rendez-vous nocturne pour la fête des esprits de la forêt, il utilisera un stratagème pour y réussir.

Le character design est sans surprise. L'animation est fluide et agréable, toujours avec cette tendance à privilégier les déplacements latéraux, les travellings caméra, le vent dans les vêtements et les cheveux pour donner la sensation de mouvement, favorisant des plans rapprochés quand il s'agit de traiter une scène dans la profondeur [2]. Les habitués du cinéma d'animation japonais ne sont plus trop gênés par ces approches économiques, car elles dominent la plupart des productions.

Hotarubi no Mori e est un joli film, un adieu à l'enfance reposant et poétique, racontant une très belle histoire d'amitié/amour comme le genre shôjo les affectionne, même si la fin peut prêter à une interprétation plus dérangeante [3].

Chroniqué par Philippe Cottet le 11/10/2016



Notes :

[1] Mononoke est l'un des synonymes de yôkai.

[2] Par exemple, le personnage marchant de l'arrière vers l'avant, qui nécessiterait de jouer également sur ses proportions pour bien montrer qu'une distance est parcourue et qu'il se rapproche. Souvent, par souci d'économie, on fait un plan poitrine, taille ou américain et l'on joue sur le décor à l'arrière pour donner l'illusion du mouvement. En cas de plan moyen, on se contente d'animer la marche dans un décor avec un point de fuite qui crée l'illusion, le plan ne durant en fait que quelques secondes (par exemple, ici, la descente de l'escalier du temple shinto aux alentours de 15 min, durée du plan, 5 secondes).

[3] La conclusion de Hotarubi no Mori e peut être très ambigüe.

Spoiler: Highlight to view

Gin sait pertinemment que l'enfant qu'il rattrape sur le chemin est un humain et donc que le sortilège qui le fait vivre va se dénouer. Il s'agira alors de la seule occasion pour les deux amoureux d'avoir un contact physique sans que la jeune fille ait quoi que ce soit à se reprocher. C'est évidemment très beau –  la scène où Hotaru serre un kimono qui perd peu à peu de sa substance pour n'être plus qu'un amas de tissu sur le sol est splendide – mais il n'empêche : Gin impose son désir à une jeune fille qu'il sait, depuis toutes ces années, forte, disciplinée, sérieuse, capable de maîtriser ses envies et son instinct pour préserver à jamais leur union. Et il la laisse seule avec la peine née de cet acte égoïste. Pas forcément joli-joli...

Titre original : 蛍火の杜へ (The Light of a Firefly Forest)

Studio : Brain's Base
Réalisation : Omori Takahiro

Scénario : Omori Takahiro, d'après le manga de Midorikawa Yuki

Avec les voix de : Uchiyama Kouki (Gin) - Sakura Ayane (Hotaru)

Durée : 45 min, couleurs