Mýrin (Jar City)

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Baltasar Kormákur

Mýrin (Jar City)

Crime, policier, thriller – Islande (2006)

Holberg, pédophile et personnage peu recommandable décède, le crâne fracassé, dans le sous-sol qu'il occupe à Reykjavik. Une photo dissimulée sous le tiroir du bureau met les enquêteurs Erlendur, Sigurður Óli et Elínborg sur la piste d'une enfant morte, vingt années auparavant, d'une maladie très rare...

Cette adaptation de la célèbre Cité des Jarres, premier roman d'Arnaldur Indriðason publié en France chez Métailié, est due à Baltasar Kormákur, dont j'avais déjà pu apprécier la comédie 101 Reykjavik (avec la pétulante Victoria Abril). Son choix a été de suivre au plus près la trame du livre d'Arnaldur sauf en ce qui concerne la relation entre Erlendur et sa fille Eva Lind, à mes yeux de lecteur pourtant la plus importante et la plus riche.
Violente et conflictuelle, cette relation est le véritable moteur du cycle romanesque en ce qu'elle épouse ou reflète les affaires criminelles que le taciturne commissaire islandais a à connaître. Ainsi de la filiation, question de fond de La cité des Jarres, qui trouvait écho à la fois dans les morts d'Holberg, d'Aude et de Kola et dans l'irruption d'Eva dans la vie d'Erlendur. Elle en constitue également le fil rouge puisqu'Arnaldur fait progresser psychologiquement ses personnages d'un roman l'autre grâce à elle.

Mais ce rapport père-fille avait tendance à cannibaliser l'intrigue policière, déjà passablement compliquée et il est donc compréhensible que Kormákur ait choisi de le rendre anecdotique. Du coup, c'est une partie de la complexité des personnages qui s'échappe, laissant Mýrin retrouver les accents d'un polar classique : un enquêteur bougon, solitaire et routinier face à un meurtre qui, lui, est tout à fait original. Non dans son accomplissement – chez Indriðason, les morts sont banales ou sordides, jamais théâtralisées ou sublimées –, mais dans son motif (la filiation et l'utilisation détournée de ces banques de données génétiques qui fleurissent désormais dans le monde et dont la société islandaise fut, à son corps défendant, une pionnière).
Kormákur a parfaitement rendu la grande dureté de la vie islandaise et la solitude des êtres telles qu'on peut les percevoir à la lecture des romans d'Indriðason et qui étaient également omniprésentes chez le précurseur Simonarson [1].

Dans des paysages sublimes et infinis, déserts battus par les vents sur fond d'océan déchaîné ou dans des villes tristes et laides, la plupart des protagonistes sont isolés, étrécis, sauvages (les seuls donnant le sentiment de relations humaines soutenues et normales sont les enquêteurs, dans de pourtant très chiches dialogues)... Cependant, le roman était empreint d'une atmosphère de haine étouffante et poisseuse – via les personnages d'Holberg, d'Ellidi ou de Runar - et d'une violence sourde - notamment envers les femmes –, que l'on ne retrouve pas entièrement ici. Le film est, comme souvent, beaucoup moins noir que ce que la lecture nous permet d'envisager.

Il faut noter la parfaite incarnation des personnages principaux de l'histoire. Ingvar Eggert Sigurðsson est plus que convaincant dans le rôle d'Erlendur, Haraldsson et Jónsdóttir rendent très crédibles ses deux acolytes, Sigurður Óli et Elinborg. Il en va de même pour Ágústa Eva Erlendsdóttir dans le rôle amoindri d'Eva Lind, douce junkie à la dérive retrouvant le giron paternel.

Une adaptation cinématographique saluée par Arnaldur Indriðason comme fidèle – mais à mon sens très en retrait du roman original –, qui s'avèrera de plus difficile d'accès aux non-lecteurs de l'œuvre.

Chroniqué par Philippe Cottet le 14/06/2008



Notes :

[1] Ólafur Haukur Símonarson Le cadavre dans la voiture rouge (1986), traduction et édition française aux Presses Universitaires de Caen (1997).

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : 6ème symphonie et Terrains Vagues de Per Nørgård (Chandos 2006)

Titre français : La cité des Jarres

Studio : Bavaria Pictures, Nordisk Film, Degeto Film
Réalisation : Baltasar Kormákur

Adaptation : Baltasar Kormákur d'après le roman d'Arnaldur Indriðason

Avec : Ingvar Eggert Sigurðsson (Erlendur) - Björn Hlynur Haraldsson (Sigurður Óli) - Ólafía Hrönn Jónsdóttir (Elínborg) - Ágústa Eva Erlendsdóttir (Eva Lind)

Durée : 1h33mn
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