36, quai des Orfèvres

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Olivier Marchal

36, quai des Orfèvres

Crime, policier, thriller – France (2004)

A Paris, deux grands flics peuvent succéder également au Directeur de la Police Judiciaire. Pour les départager, l'arrestation d'un gang particulièrement violent. Vrinks prend l'avantage au détriment de son intégrité de flic. Klein sabote l'arrestation puis découvre l'erreur de Vrinks ce qui lui permet d'obtenir le poste et d'envoyer son rival en prison. Sept années plus tard, celui-ci sort et décide de se venger.

La critique de l'époque - plutôt enthousiaste et faisant sienne la filiation revendiquée par son réalisateur avec le Heat de Michael Mann -, est passée avec une pudeur de jeune fille sur la totale invraisemblance du récit, alors qu'elle louait d'un autre côté son réalisme.

C'est la première chose tout à fait énervante en ce qui concerne l'histoire narrée dans 36 quai des Orfèvres. Film sur la rivalité, il est construit sur un effet d'optique psychologique, une espèce de tricherie que l'on rencontre très souvent dans le mauvais polar : le geste de Klein (Gérard Depardieu), consistant à saboter le flag n'est justifiable et compréhensible que si il a lui-même déjà vu le début du film, c'est-à-dire s'il sait que Vrinks (Daniel Auteuil) s'est fait avoir par son indic et que tout cela va se retourner contre lui. Autrement, il s'agit d'un suicide professionnel, complètement incompatible avec le portrait psychologique - même terriblement sommaire - qu'on nous a fait du commandant Klein.

Car les concepteurs de ce projet ont surtout tout fait pour ne pas développer la psychologie de leurs personnages, sans doute plus difficile à filmer que les grosses berlines allemandes qui envahissent l'écran. On ne souhaite pas embarrasser ce qu'on pense être le spectateur de TF1 – pour qui, d'évidence, ce film a été fait – de détails psychologiques trop importants. Dire que l'un est gentil, l'autre méchant et qu'ils sont rivaux semblent suffire à Marchal qui jamais ne montre les effets de cette rivalité, la violence qu'elle induit et présuppose. Auteuil comme Depardieu sont comme deux poissons froids sans aucune âme qui se la jouent à la samouraï, deux grands professionnels que les choses de la vie ne semblent pas toucher... Bon Dieu ! ces gens-là n'ont jamais lu Stendhal ? Dostoïevski ?

Le problème est que, une fois passés les petits moments de bravoure du début, le film n'est que cette confrontation rivale estropiée. Les seconds rôles sont des moignons, des trognons inconsistants : l'épouse d'Auteuil (Valeria Golino) est là pour augmenter le pathos et le chantage à la compassion, l'épouse de Depardieu (Anne Consigny) pour accentuer encore plus le côté antipathique de Klein (« regarde René, même sa femme elle le trouve chanmé ! »). Dussolier, avec sa bonne tête sympa, fait office de chœur antique au rabais, marqueur du gentil au début, puis répétant inlassablement  «nbsp;que puis-je (pouvais-je) y faire ? »... Seul le rôle tenu par Catherine Marchal possède une petite consistance.

Sept ans plus tard, par un twist aussi gros que celui ayant permis de mettre Auteuil en cabane, la vengeance de ce dernier est accomplie et il gardera jusqu'au bout les mains propres. Honneur et défense de la police, hummmm, que du lourd...

Ajoutons une bande son inaudible (mais cela tombe bien, les dialogues sont médiocres) parasitée par une des bandes originales les plus abjectes rencontrées ces dernières années, pas mal de moments totalement grotesques (ah ! la révolte des flics en grand uniforme dans la cour de la Préf... honneur de la police vous dis-je...), une photo plutôt soignée et un sens du tempo dans les rares scènes d'action... Il n'en fallait pas plus pour qu'Hollywood en annonce le remake.

Chroniqué par Philippe Cottet le 07/08/2008



Musique écoutée pendant l'écriture de cette chronique : Mezzanine de Massive Attack

Titre français : 36, quai des Orfèvres

Studio : Gaumont International
Réalisation : Olivier Marchal

Scénario : Olivier Marchal, Julien Rappeneau, Franck Mancuso

Avec : Daniel Auteil (Vrinks) - Gérard Depardieu (Klein) - André Dussolier (Robert Mancini) - Catherine Marchal (Eve Verhagen)

Musique : Erwann Kermorvant, Axelle Renoir

Durée : 1h50mn