Bob le flambeur

B
Jean-Pierre Melville

Bob le flambeur

Crime, policier, thriller – France (1955)

Bob, ancien malfrat rangé des voitures et véritable icône de Pigalle ne peut s'empêcher de flamber. Craps, passe anglaise, canassons, belote, temps qu'il va faire, tout pour lui est objet de pari. Après un passage à vide, il se retouve totalement rincé et cède aux pressions de son pote Roger, qui lui propose le casse du casino de Deauville...

Ce portrait d'un joueur acharné vaut d'abord pour le Pigalle pittoresque dans lequel Bob évolue. Melville ne s'intéresse pas réellement à son addiction – nous ne sommes pas chez David Mamet – qui n'est qu'une composante sympathique de son héros. Celui-ci est d'ailleurs bourré de valeurs positives : il a grand cœur (il a aidé Yvonne à monter son bar, il aidera Anne pour qu'elle ne sombre pas dans la prostitution), il déteste les barbots, il transmet son savoir aux générations futures (le gandin Paulo est son arpète) et il a même sauvé la vie d'un commissaire de police.

Bref Bob, c'est un Monsieur, une légende et toute la première partie du film apparaît aujourd'hui comme un agréable et très nostalgique retour vers le Paris de mon enfance (nous habitions de l'autre côté de la butte), celui où quelques voitures seulement se disputaient la pavé noir des rues, celui où Pigalle charriait entre ses néons agressifs et sa réputation sulfureuse des bordées de matelots et d'étrangers en goguette. Pour le cinéma, il est une préfiguration de ce que sera l'une des grandes tendances de la Nouvelle vague, un cinéma du réel.

Passée cette étape très sympathique et très proche des petites gens, nous abordons la partie criminelle de l'affaire, la bande – basse du front – réunie pour l'occasion, les erreurs de jeunesse, les trahisons et surtout le formidable pied de nez de Bob : que vouliez-vous que fasse dans un casino un tel flambeur ?

C'est assez drôle, proche de la parodie, avec une conclusion terriblement cynique et semble l'exact contre-pied des films de gangsters de la même période. Melville dynamite ici complètement l'aura ténébreuse des malfrats ou la vision classique de la femme fatale en la personne d'Anne, jeune ingénue dont on ne sait vraiment si elle est totalement stupide ou sublimement manipulatrice.

Chroniqué par Philippe Cottet le 26/07/2008



Musique écoutée durant l'élaboration de cette note : A tribute to Gerald Moore de 1967 sur disque EMI.

Studio : O.G.C. & Productions Cyme
Scénario et Réalisation : Jean-Pierre Melville

Adaptation et dialogues : Auguste Le Breton

Avec : Roger Duchesne (Bob) - Daniel Cauchy (Paulo) - Guy Decomble (le commissaire) - André Garret (Roger) - Isabelle Corey (Anne)

Durée : 1h38mn
N&B