New World

N
Park Hoon-jung

New World

Crime, policier, thriller – Corée du Sud (2012)

À la mort de son dirigeant, une organisation mafieuse se déchire entre trois prétendants à sa succession, qu'un flic manipule à tour de rôle.

Dans son scénario comme dans son esthétique, New World ressemble à une synthèse de plusieurs cinémas connus, propre donc à retenir l'attention du spectateur qui se retrouve en terrain familier.

Film d'infiltration, il rappellera l'excellente série des Infernal Affairs tandis que, lutte âpre et sournoise pour le pouvoir, il lorgnera sur le brillant Election de Johnny To. Et l'ombre de David Mamet pourrait parfaitement flotter sur l'intrigue retorse qui voit se succéder, dans les dix dernières minutes, des retournements de situation assez imprévisibles.

La première scène, d'une très grande violence, montre l'interrogatoire d'un possible traître à l'organisation qui fleure bon, dans la photo comme dans le cadre, son yakuza eiga. La disparition de cet homme, brisé en mille morceaux et finalement coulé dans le ciment, permet un non-lieu dans le procès impliquant M. Seok, le puissant dirigeant de Goldmoon, façade légale d'un rassemblement de trois gangs mafieux qui domine le monde criminel en Corée.

La mort accidentelle de ce dernier – version à laquelle personne ne semble vraiment croire – ouvre une période d'incertitudes puisque trois personnes représentant les clans de base – Jaebum, Jeil et Northmoon – sont susceptibles de prendre la tête de l'Organisation. C'est le moment choisi par le capitaine Kang (Choi Min-sik, égal à lui-même) pour faire imploser Goldmoon, en attisant les haines et les rancœurs entre les prétendants.

Jung Chung (Hwang Jung-min, jouant sans forcer l'arrogant qui s'y voit déjà) chef du clan Jeil et n°3 de Goldmoon, semble le successeur naturel, dès lors que le n°2 n'est qu'un pantin. Mais il lui faut passer l'obstacle Lee Joong-gu (Park Sung-woong dans le rôle d'un homme déséquilibré et fantasque toujours proche de la rupture) qui n'est que le n° 4, mais représente le gang le plus puissant de l'alliance.

Dans la machination montée pour les piéger, le cynique policier possède un atout de taille, un flic nommé Lee Ja-sung (Lee Jung-jae, le plus souvent inexpressif), infiltré depuis six ans et frère juré de Joong-gu, d'origine chinoise comme lui. Ja-sung, dont la chute de Seok devait être la dernière mission, renâcle cependant à participer à cet enfumage final. Craignant de perdre sa couverture, préoccupé par la grossesse de son épouse, il se soumet toutefois au chantage implicite de son supérieur.

Tout est en place, Kang peut faitre chuter son premier domino et regarder le monde de Goldmoon s'écrouler. Park Hoon-jung filme de façon assez lisse et convenue toute cette partie durant laquelle les prétendants s'organisent, poussent leurs pions et se trahissent mutuellement. Le cadre, la photo ou le montage sont propres, mais sans véritable originalité et le jeu des acteurs est plutôt plan-plan, à l'exception de Park Sung-woong, parfait pour montrer la mutation de Joong-ou, de wanker énervé en boss sociopathe. Le rythme est surtout donné par quelques scènes de très grande violence qui, évidemment, accompagnent cette prise de pouvoir.

La première concerne le seul personnage féminin de New World (l'épouse de Ja-sung est anecdotique), Shin-Woo, professeur de go du flic infiltré et son agent de liaison auprès de Kang. Elle fait les frais de la recherche d'informations sur les uns et les autres menée par les adversaires en quête du mandat suprême. C'est sans doute l'instant où Ja-sung, sous le regard attentif de son frère juré, choisit son camp. La scène est à la fois intime et hystérique. Il émane du corps supplicié de la jeune femme – résignée à son sort pour ne pas compromettre la mission – une douceur et une lumière faible, bientôt éteinte, celle de l'innocence sacrifiée (elle reste le seul personnage sympathique et humain de New World).

La seconde et la plus spectaculaire oppose les gros bras des deux gangs rivaux. Plusieurs dizaines d'hommes tendent un traquenard à Joong-ou dans le parking de son immeuble. Ici, tout se fait à l'arme blanche et à l'instrument contondant, marteau ou batte de base-ball, ce qui permet des combats longs où personne ne prend vraiment le dessus immédiatement. Joong-ou se retrouve bientôt seul, coincé dans un ascenseur avec une demi-douzaine d'assassins. Alternant gros plans et plongée à 90° sur la cabine avec jets de sang éclaboussant les parois en métal brossé, ce pur moment de boucherie est une réussite en son genre.

New World peut alors dérouler son lot d'assassinats dignes du baptême dans The Godfather et de rebondissements qui rachètent, en partie, l'aspect finalement timoré de sa mise en scène et le jeu moyen de la plupart des acteurs. Le film de Park Hoon-jung reste un bon et violent divertissement, n'effaçant pas cette sensation que dans les genres dont il fait ici la synthèse, on a pu voir beaucoup mieux.

Chroniqué par Philippe Cottet le 06/08/2013



Illustrations de cette page :
Lee Jung-jae dans le rôle de Ja-sung – Choi Min-sik est le manipulateur Capitaine Kang – La scène de l'ascenseur

Musique écoutée durant l'écriture de cette chronique :
Attica Blues d'Archie Shepp (1972) – Enigmatic Ocean de Jean-Luc Ponty (1977) – A love supreme de John Coltrane (1964)

Titre original : Sinsegye 신세계

Studio : New Entertainment World
Réalisation et scénario : Park Hoon-jung
Photo : Chung Chung-Hoon

Avec : Lee Jung-jae (Lee Ja-sung) • Choi Min-sik (Capitaine Kang) • Hwang Jung-min (Jung Chun ) • Park Sung-woong (Lee Joong-gu ) • Song Ji-Hyo (Shin-Woo )

Durée : 134 mn
Couleurs : oui
Disponible en format Blue Ray ou en VOD