The spiral staircase

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Robert Siodmak

The spiral staircase

Crime, policier, thriller – États-Unis (1945)

Dans une bourgade de Nouvelle-Angleterre, au début du XXème siècle, un tueur en série s'en prend à des femmes handicapées ou affligées d'un défaut physique. Sur le chemin de retour vers le manoir où elle travaille, une ombre observe la jeune Helen, dame de compagnie muette de la vieille Mrs Warren.

The Spiral Staircase est un très beau thriller criminel, prototype de films futurs centrés sur les tueurs en série ou ceux, jusqu'à l'épouvante et aux effets plus appuyés, mettant en scène une ou plusieurs personnes innocentes dans un lieu clos menaçant.

La première chose que l'on retient de The spiral staircase est la facilité et l'élégance avec lesquelles Robert Siodmak nous amène à la porte de l'angoisse, comment il transforme cette belle après-midi insouciante et ensoleillée de la campagne bostonienne en une nuit d'effroi exemplaire.

Usant de tempi bien marqués pour rythmer l'action et la montée de la peur, travaillant richement son cadre afin que la maison devienne part intégrante de la menace pesant sur Ellen, alternant des moments calmes, parfois drôles (la soulographie de la cuisinière) avec des passages très inquiétants, jouant habilement des fausses pistes, Siodmak mène de main de maître son suspense.

Il est aidé en cela par la photographie de Nicholas Musuraca, l'un des meilleurs (avec Alton, Seitz ou Ruttenberg) chef-opérateurs de l'époque. Son excellence se fait sentir dès le passage dans le sous-bois lorsque se quittent les deux amoureux jusqu'à l'arrivée d'Helen au manoir Warren, au début de l'orage. Ensuite ses lumières et ses ombres, celles-ci de plus en plus épaisses à mesure que l'on descend le fameux escalier jusqu'à la cave mortifère, contribuent à la fois à la beauté étrange (dans cette veine expressioniste très stylisée recherchée par Siodmak pour toutes ses réalisations) et à l'efficacité du film.

Mais l'idée géniale est d'avoir substituée à l'estropiée de la pièce initiale d'Ethel Lina White cette superbe jeune femme muette, d'autant plus fragile et vulnérable dans cette maison de tous les dangers. Dans ce rôle, Dorothy McGuire est absolument merveilleuse (elle sera proposée pour l'Oscar de la meilleure actrice cette année-là), traduisant toutes ses émotions - tendresse, frayeur, peine -, via le regard, son visage juvénile et lumineux et un langage corporel expressif et gracieux. Avec Ethel Barrymore - qui joue le rôle de la vieille et protectrice Mrs Warren - elles portent le film à bout de bras.

Je suis, par contre, plus circonspect devant l'irruption de la psychanalyse, gourmandise dont se délectait fréquemment Hollywood à cette époque, pour poser le diagnostic du traumatisme ayant conduit Helen au mutisme ou pour expliquer les actes du tueur. Tout ceci semble superficiel et convenu et a plutôt mal vieilli.

On commence à réévaluer le travail, tant de Siodmak que de Musuraca, tous les deux passés un peu à la trappe face aux noms mythiques de la période classique du cinéma amerlocain. C'est tant mieux, car leur travail, comme dans ce Spiral Staircase est souvent plus qu'intéressant.

Chroniqué par Philippe Cottet le 06/09/2008



Illustration de cette page : Scènes du film

Titre français : Deux mains, la nuit

Studio : RKO
Réalisation : Robert Siodmak
Photographie : Nick Musuraca

Scénario : Gerald Drayson Adams et Daniel Mainwaring d'après Richard Wormser

Avec :
Dorothy McGuire (Helen Capel) - Ethel Barrymore (Mrs Warren) - Rhonda Fleming (Blanche) - George Brent (Professeur Warren)

Durée : 1h23mn
N&B