Crime wave

C
André de Toth

Crime wave

Film noir – États-Unis (1954)

Ancien condamné en liberté conditionnelle, Steve Lacey tente de refaire sa vie avec sa jeune épouse Ellen. Mais d'anciens camarades de prison, à la suite d'un hold-up raté ayant entrainé la mort d'un policier prennent contact avec lui...

Cinéaste hongrois arrivé aux États-Unis en 1942, André de Toth fut souvent cantonné dans l'horreur, le drame urbain ou le western à petit budget. Incursion dans le Noir tournée en moins de 15 jours, Crime Wave est un film plutôt réussi, moins simpliste qu'il y parait.

La thèse de l'innocent plongeant dans l'illégalité, voire le crime, à cause d'événements sur lesquels il n'a pas prise est assez fréquente dans cette période classique. Elle se double ici d'une dimension supplémentaire intéressante : l'innocent – ancien condamné – n'est perçu comme tel que par ses intimes, en gros son épouse (Phyllis Kirk, ravissante et les pieds sur terre) et son officier de probation.

Le fatum prend donc pour le pauvre Steve Lacey (excellent Gene Nelson) la double forme d'une police et d'anciens compagnons de cellule, tous persuadés qu'un criminel reste un criminel. Lui-même semble d'ailleurs penser que sa réhabilitation ne viendra jamais, qu'aucune seconde chance ne lui sera donnée par la société, malgré ce qu'elle prétend.

En refusant d'agir comme le souhaitait son épouse et comme le ferait n'importe quel citoyen, il se met seul dans la nasse, renforçant l'opinion d'un flic teigneux, joué tout en force et en certitudes par Sterling Hayden. Piégé par les truands qui menacent son épouse, il renoue donc avec sa vie criminelle et s'associe au hold-up de la banque de Glendale programmée par Doc Penny depuis des années.

Le cinéma de de Toth n'est jamais simplificateur. C'est pourquoi ici encore et jusqu'au bout, dans les zones d'ombre de ses personnages, il réussit à dissimuler comment Lacey, homme intelligent et réellement désireux de repartir à zéro, tente de se sortir de ce cauchemar personnel en forme de double-bind. Ceci rend d'autant plus passionnant son final et le changement d'attitude du flic à l'égard de Lacey.

Tourné dans un style semi-documentaire, le film est – comme il se devait – [1] un hymne à l'efficacité de la police et à la citoyenneté modèle mais qui ne verse jamais dans le manichéen. Crime wave bénéficie d'une très bonne interprétation, avec des personnages plutôt assez fouillés pour un film de ce gabarit (mention spéciale à Jay Novello dans celui, tourmenté du Dr Hessler) et une photo de qualité signée Bert Glennon.

Chroniqué par Philippe Cottet le 07/09/2008



Notes :

[1] Le code Hays, qui régissait les productions de l'époque, interdisait toute glorification des criminels et encourageait, a contrario, celle des forces de l'ordre et de la normalité sociétale.

Illustration de cette page : Phyllis Kirk et Gene Nelson face aux gangsters

Titre français : Chasse au gang

Studio : Warner Bros
Réalisation : André de Toth

Scénario : Crane Wilbur

Avec :
Sterling Hayden (Lieutenant Sims) - Gene Nelson (Steve Lacey) - Phyllis Kirk (Ellen Lacey) - Ted de Corsia (Doc Penny)

Durée : 1h13mn
N&B