Side Street

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Anthony Mann

Side Street

Film noir – États-Unis (1950)

Joe Norson, postier à mi-temps sur le point de devenir père, dérobe de l'argent à un avocat. Au lieu des 200 billets escomptés, son butin s'élève à 30 000 dollars car le juriste est aussi un maître-chanteur et, acccessoirement, un assassin. Le début d'une descente aux enfers pour Joe.

La vision aérienne de la ville de New York que donne Anthony Mann, dès le début de Side Street, situe parfaitement le destin de l'infortuné Joe Norson. Tentaculaire, écrasante, elle est le labyrinthe gris et dangereux dans lequel une folle course poursuite va s'engager. Contre le temps, contre la culpabilité, contre la mort.

Tel le rat de l'expérience, Joe le naïf est placé à l'entrée de ce labyrinthe, sans espoir de pouvoir revenir sur ses pas. Il y progresse et reçoit fortes et désagréables décharges électriques qui l'obligent à s'adapter, à se surpasser pour rester entier.

Car Joe n'a pas, au départ, les épaules taillées pour le crime. Totalement paniqué lors d'un larcin qu'il pense modeste, il va ensuite sombrer dans le mensonge pour préserver sa gentille femme, puis dans une paranoïa dépressive au cœur de cette ville où, soudain, tout est contre lui. Comme le savetier de la fable, il voudrait bien rendre le trésor qui l'empêche de vivre. Mais cela ne se passe pas ainsi dans les dédales de New York, devenue aussi déserte qu'une ville de l'Ouest avant un duel, où s'organise l'affrontement final sous forme d'une spectaculaire poursuite automobile.

Dans une composition assez proche de celle qui était la sienne dans The Rope d'Hitchcock, Farley Granger campe un Joe taraudé par le remords, écrasé par son destin, homme ordinaire qui rêvait une meilleure vie pour son Ellen (Cathy O'Donnell, jeune accouchée étonnamment svelte). Les scènes réunissant Joe et Harriet (Jean Hagen), archétype de la femme fatale et ici pathétique chanteuse alcoolique oubliée dans un night-club minable, renforcent le caractère amateur de Joe, plongé dans une aventure qui le dépasse. Paul Kelly donne au personnage du Capitaine Anderson un air de dandy qui en a vu d'autres, étonnant et réjouissant.

Anthony Mann, dont on oublie parfois l'apport au film-noir, organise avec beaucoup de rythme tous les tourments affectant son héros, filmant la ville avec une grande intelligence. Dès la découverte du cadavre de Nick par Joe, Joseph Ruttenberg fait basculer l'atmosphère diurne et animée du début de Side Street dans des ombres étouffantes et des solitudes nocturnes belles et angoissantes. Pas un chef d'œuvre absolu du Noir mais une série-B de très grande qualité.

Chroniqué par Philippe Cottet le 24/08/2008



Illustration de cette page : Scène du film

Titre français : La rue de la mort

Studio : Metro-Goldwyn-Mayer
Réalisation : Anthony Mann
Photographie : Joseph Ruttenberg - Montage : Conrad A. Nervig

Scénario : Sydney Boehm

Avec :
Farley Granger (Joe Norson) - Cathy O'Donnell (Elen Norson) - James Craig (George Garsell) - Paul Kelly (Capitaine Anderson)

Durée : 1h23mn
N&B