Meurtre à l'université

M
Batya Gour

Meurtre à l'université

Israël (1991) – Folio (2007)

Titre original : Maṿet ba-ḥug le-sifrut
Traduit de l’hébreu par Jacqueline Carnaud et Jacqueline Lahana

Alors qu'il vient de remettre en cause, durant un séminaire retransmis à la télévision, la qualité de l'œuvre de Shaül Tirosh, poète et critique de premier plan, Ido Doudaï, jeune chercheur à l'université est victime d'un accident de plongée à Eilat. Quelques heures plus tard, on retrouve Tirosh sauvagement assassiné dans son bureau à Jérusalem. Les deux morts sont-elles liées ?

Meurtre à l'Université permet de comprendre pourquoi Batya Gour a été considérée comme la P.D. James israélienne. Les deux décès auxquels va s'intéresser le commissaire Michaël Ohayon concernent une petite communauté d'intellectuels vivant dans le vase clos de leurs recherches littéraires. Tout lieu de culture qui situe la connaissance au-dessus de toutes choses et qui se trouve isolé du reste de la collectivité aurait pu accueillir les passions, motifs et mobiles que nous rencontrons ici, à l'université de Jérusalem.

Dans le faux huis clos de Meurtre à l'Université, le regard invasif habituel de l'auteur sur la société israélienne est peu présent, laissant place à un récit policier de forme beaucoup plus classique. Certes, Gour nous fait découvrir l'expression littéraire hébraïque, notamment poétique, mais ce sont surtout les confrontations d'ego qui l'occupent, et le même livre aurait pu être écrit à Oxford ou Stanford.

Du coup, c'est l'autre facette de son talent qui l'emporte. D'une phase d'exposition lente et détaillée émergent des personnages méticuleusement composés, dans toute leur complexité sociale et psychologique. Le caractère ambigu, trompeur, parfois détestable de l'une des victimes – Shaül Tirosh – importante personnalité du monde des Lettres, adulé par le groupe et quasiment “ monument national ” permet de multiplier les mobiles possibles et les suspects. Et l'enquête finit par opposer les idéaux, jugements esthétiques, positionnements philosophiques ou moraux que tous mettent en avant avec leurs comportements, tout bonnement humains, devant l'humiliation ou la trahison. Une structure de récit que l'on retrouve fréquemment dans les livres de P.D. James, la proximité de Dalgliesh et Ohayon, deux êtres épris de culture et qui doutent, complétant la ressemblance.

Le chemin important plus que la destination, Batya Gour se livre donc, dans Meurtre à l'Université, à une bonne étude de mœurs, pas forcément bien soutenue par la traduction [1]. L'énigme liée à la personnalité de Shaül Tirosh se devine très en avant du dénouement, mais la romancière retient notre attention avec de beaux portraits d'intellectuels (Touvia Shaï et Arié Klein) et la description méticuleuse d'une structure sociale machiste et condescendante qui semble ne pas être l'apanage de l'université israélienne.

Chroniqué par Philippe Cottet le 13/05/2012



Notes :

[1] De l'avis de personnes vivant en Israël, cette traduction serait vraiment médiocre.

Illustration de cette page : L'académie de la langue hébraïque du Mont Scopus.

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Who killed Sgt Pepper ? de The Brian Johnston Massacre (A Records - 2010)