Débine blues

D
K.C. Constantine

Débine blues

États-Unis (1993) – Gallimard La Noire (1996)


Il faut se faire une raison, c'est un livre sans histoire.

On pense bien reconnaître dans les dernières pages la fin tragique d'une situation abordée dans les premières mais Constantine, à son habitude, traite la chose avec beaucoup de négligence. Que reste-t-il alors ? Un livre bavard, où se mêlent différentes plaintes que la plupart des lecteurs trouveront insupportables. Il s'agit là pourtant d'une analyse des plus virulentes et des plus abouties sur la démocratie amerlocaine et les valeurs qu'elle pense ou prétend défendre. On sent chez Constantine une véritable urgence à parler de façon directe des États-Unis (qui venaient de mener la première guerre du Golfe) mais également de la condition de l'écrivain dans ce pays (ce qui peut valoir pour tous les autres écrivains dans tous les autres pays) et, surtout, de ce que doit être son engagement.

kc constantine débine blues Débine blues est vampirisé par le romancier Myushkin, qui n'est autre que Constantine lui-même. Viré de son job à cette époque, notre auteur était condamné à faire des petits boulots (il ne commença à vivre vraiment de son écriture que quelques années plus tard), comme le personnage du roman.

On se tromperait à voir dans les récriminations de Myushkin/Constantine une lamentation corporatiste. K.C. Constantine est très lucide sur ce qu'est ou non le succès et sur le prix qu'il convient de payer pour l'obtenir. Or ce prix, il refuse et refusera toujours de le verser car ce serait alors participer définitivement aux autres mensonges de cette société. Le très célèbre « En Amérique, écrire de la fiction, c'est devenu le seul moyen de dire la vérité... » permet de mettre totalement en lumière les vraies fictions de la société étatsunienne, portées pour toujours par le couple infernal politiciens-médias.

Il y a des dizaines de pistes à suivre ici, beaucoup d'analyses (par exemple celle sur l'incapacité des États-Unis à distinguer ce qui est "eux" de ce qui est "le reste du Monde", que K.C. Constantine assimile - suivant la psychiatrie moderne - à l'attitude des junkies et des délinquants, ou encore la façon dont fonctionnent réellement les médias, supports de publicité et fournisseurs de propagande) restant tout à fait pertinentes.

Tout ceci est livré brut de fonderie, c'est décousu et difficile à suivre, ce qui peut prêter à confusion, voire irriter au plus haut point. Mais il ne faut en aucun passer à côté d'un tel livre, pour qui veut entendre autre chose que le discours dominant sur les États-Unis.

Plus aucun livre de K.C. Constantine ne sera traduit en français. Le cycle de Rocksburg comprenait également Cranks and Shadows (1995), Good Sons (1996), Family Values (1997), Brushback (1998), Blood Mud (1999) et Grievance (2000).

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/10/2006



Illustration de cette page : La fabrique de mythes : Marion Michael Morrison dit John Wayne

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Un ensemble hétéroclite qui correspond bien au melting-pot rocksburgien. D'abord la version 2002 du Champ des esprits des eaux de Franz Schubert (Behrens, Fassbaender et DFD sous la direction de Sawallisch). Également, le Royal Palace et le Neue Orpheus de Kurt Weill dans un enregistrement de 2004 (Andrew Davis et le BBC Orch.). Ajoutons le très beau concert donné par William Sheller en 2005 Parade au Cirque Royal, aussi intéressant qu'un précédent double live au Théâtre des Champs-Elysées. Autre live, celui de Stevie Ray Vaughan et son Double Trouble au Carnegie Hall : le disque est de 1997 mais la prise date de 1984. Enfin, des bricoles piochées chez Garner, Ellington et Fitzgerald pour donner de la pêche à mes journées.