La page blanche

L
K.C. Constantine

La page blanche

États-Unis (1974) – Actes Sud (1992)


Disparue depuis plus de dix jours, une jeune fille est découverte morte dans sa chambre d'étudiante, presque entièrement nue, étranglée avec son soutien-gorge. Personne ne semblait avoir remarqué sa disparition mais, pire, personne ne semblait avoir remarqué son existence. Une chose intrigue profondément Mario Balzic : une feuille de papier blanc posé sur le ventre de la morte. Le chef de la police de Rocksburg va devoir se frotter au milieu universitaire de la ville pour découvrir la vérité difficilement supportable du crime.

C'est une œuvre très étrange, complètement en dehors de ce que Constantine avait écrit jusqu'à présent. A la question qui lui était posée de savoir s'il portait un pseudo parce qu'il avait honte de ce qu'il écrivait, il répondit : « When I do it badly, yes. I hope nobody reads The Blank Page because I screwed up large in that one ».

Le livre mérite-t-il ce reniement ? Oui, sans doute, au regard de ce qu'entend construire Constantine. La page blanche est profondément psychologique, avec tout ce que le terme peut emporter de tortueux, de torturé et de pathologique. Mais c'est l'outrance dans ce pathos – victime, meurtrier, couple Kennan et, dans une moindre mesure, toute la petite caste des professeurs de l'Université, cela fait beaucoup – qui pose sans doute problème. C'est d'autant plus dommage que le lien entre victime et meurtrier est plutôt bien trouvé (deux personnes à la vie détruite lors de l'enfance, deux personnes déjà mortes) mais il aurait sans doute été mieux exploité par une autre plume et un autre contexte.

Les indications fournies par Constantine sur le lent déclin de Rocksburg, de la richesse des mines à la pauvreté absolue des poussières restantes, sont intéressantes. La Page blanche reste toutefois une impasse créative pour le cycle, mais une impasse peut-être indispensable. Huit années vont à présent être nécessaires pour accéder à un nouveau niveau d'écriture.

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/10/2006