Meurtre au soleil

M
K.C. Constantine

Meurtre au soleil

États-Unis (1990) – Rocher (1992)


Un pasteur surexcité par l'installation d'un sex-shop aux limites de la ville tente d'imposer sa vision musclée du travail de police à Mario. Justement, ce sex-shop sorti d'on ne sait où va être le théâtre d'un crime particulièrement violent. Un jeune homosexuel y est poignardé avec tant de rage et de férocité que tout le monde pense à un crime passionnel. Mais Mario se trouve avec un autre problème à gérer. Sa mère vient de mourir...

Une fois encore, K.C. Constantine part sur une enquête policière qui va changer de nature en chemin, tout simplement parce qu'il s'agit encore et toujours d'humains. Victime absolue et absolument humiliée (la mère du tueur), bourreau domestique, cogneur, abruti et fier de l'être (le père du tueur), victime et assassin (le jeune homme que ce père violent a rendu fou et instable). Cette famille qui implose littéralement sous nos yeux - la mère ne pouvant porter en elle le poids du meurtre commis par son fils et ne pouvant le dénoncer par peur du père - est cependant éclipsée par une autre famille en train de perdre tous ses repères, du fait du décès d'une femme aimée par toute la ville.

On ne peut apprécier réellement cet opus qu'à la condition d'être familier avec la vie de Rocksburg et les pensées intimes de Mario Balzic. L'apparition du sex-shop a entrainé une discussion plutôt amère entre Mario et Dom Muscotti et tous deux ont constaté une chose. Le temps avait passé, les choses étaient en train de changer sans que leurs éternels arrangements – le padrone croyait y voir de l'amitié – puissent encore les maîtriser. D'autres sont venus, explique Dom, qui se soucient peu du respect et des liens... Le décès de la mère de Mario y répond, comme en écho.

Madame Petreglia Balzic était, pour tout Rocksburg, le symbole de ces temps de solidarité et d'unité en ce lieu de souffrance et de peines. Elle était la mémoire de cette terre, des relations qui unissaient les familles entre-elles et qui contenaient, par ces liens, la douleur et la violence. Mario découvre, stupéfait, la grandeur et l'importance de sa mère pour la communauté lors de ses funérailles. Mais elle était aussi le ciment du couple Balzic, comme l'explique Ruth à un Mario ivre de chagrin et d'alcool.

Rocksburg et Balzic se réveillent, face au futur, avec une méchante gueule de bois. Ils vont maintenant devoir apprendre à vivre dans ce monde sans histoire, sans mémoire, sans respect.

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/10/2006