Meurtres à Rocksburg Station

M
K.C. Constantine

Meurtres à Rocksburg Station

États-Unis (1972) – Actes Sud (1989)


Un homme est retrouvé assassiné sur le quai de la gare de Rocksburg, le visage affreusement défiguré par les coups que lui porta son meurtrier. La victime était un camarade d'enfance du chef de la police de la ville, Mario Balzic, mais celui-ci, en y réfléchissant bien ne le connaissait pas tant que cela. A commencer par sa vie de famille, qu'il découvre en allant annoncer le décès à sa veuve. Le fils de cette dernière ne semble pas troublé plus que cela par cette mort...

Rien de ce qui fait une ville de fiction n'est réellement présent ici hormis les gens qui la composent et les relations de sujétion, d'amitié ancienne, de rivalité proche, d'honneur et de déshonneur, d'amour ou de haine. L'espace est, pour l'instant, à peine esquissé. Au lecteur de déduire de quelques indications scéniques, possiblement contradictoires, où il se trouve. Ce qui compte pour Constantine, ce qui fait cette ville, c'est la chair et le sang de ces petits blancs issus de l'immigration italienne et polonaise, dans un lieu que l'on ressent déjà à bout de souffle mais qui reste debout parce qu'il est l'histoire commune de ses habitants.

kc constantine rocksburg station Les frontières entre gentils et méchants ne tiennent guère parce que tous ont grandi dans les mêmes rues, sont allés dans les mêmes écoles. Et si ce n'est eux, ce sont leurs parents... Comme dans les sociétés archaïques, on situe toujours telle personne en énonçant sa parentèle, parce que c'est cela qui raccroche chacun à cette terre désormais pauvre et abandonnée.

Dès lors, le meurtre commis ne peut trouver ses raisons que dans la noire complexité des relations, ou dans leur absence. Dans une langue totalement épurée, Constantine ne parle que de l'humain, de ce que rejeter veut dire, de ce qu'incompris entraîne... Déjà il montre que la Loi ne peut prendre en compte ces destins écrasés et qu'elle ne peut considérer que les coupables soient parfois d'abord des victimes. Mario, le flic qui demande à Dieu de l'aider à y voir plus clair, le flic qui présente ses excuses au cadavre de l'homme qui fut, enfant, son camarade de classe, ne veut pas seulement la justice. Mario veut agir en juste...

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/10/2006



Illustration de cette page : La gare de Greensburg (PA), possible lieu d'inspiration de Constantine