Vengeance au palais de Jade

V
Dale Furutani

Vengeance au palais de Jade

États-Unis (1999) – 10/18 (2005)


Sur le Tokaido, toujours à la recherche de la fille de ses maîtres, Kaze tombe sur le commerçant Hishigawa, attaqué par des bandits. En le défendant, le rōnin brise son katana. Il accepte d'accompagner le marchand jusqu'à chez lui en échange d'une récompense qui lui permettra d'acquérir une nouvelle arme. Il retrouve là la piste de la vieille femme susceptible de l'aider dans sa quête. Celle-ci lui demande, en échange, de tuer Hishigawa, l'objet de sa vengeance.

Vengeance au palais de Jade souffre, durant les cent premières pages, d'un problème de rythme et de densité qui en fait un peu le ventre mou de la trilogie. Le début du roman se passe sur la route, d'abord le Tokaido puis des chemins de traverse pour éviter les bandits, et met principalement en scène les deux personnages de Kaze et du marchand Hishigawa. Il y a de l'action, des mouvements de sabre et des coups du destin, mais cela reste assez banal. Dale Furutani tente de dynamiser son récit en introduisant les compères Goro et Hanzo, deux paysans chamailleurs et pas très futés sans que cela soit réellement réussi et amusant, comme s'il était beaucoup moins à l'aise dès lors qu'il s'agit de pure fiction.

samourai pratiquant le seppukuC'est un peu le côté urbain provincial du Japon féodal qui est abordé dans cette Vengeance au palais de Jade. L'action tourne autour des marchands et des artisans, dans une cité qui fut prestigieuse (Kamakura abrita le shogunat Minamoto jusqu'en 1333). Mais ce n'est pas LA ville, celle en devenir, où se déroulera le troisième livre et pour lequel Furutani garde en réserve ses observations historiques et ethnographiques.

Le thème quasi exclusif ici est le rapport à l'argent. Furutani montre parfaitement comment il a subverti l'éducation, l'honneur et le principe même de la classe combattante avec le personnage du samouraï Enomoto. Dans une époque qui s'oriente désormais vers une paix durable, à quoi peuvent bien servir des talents martiaux ? Plutôt qu'un daimyô, Enomoto a choisi ce richissime marchand dont on apprendra par la suite l'origine ignominieuse d'une partie de la fortune.

Matsuyama Kaze s'interroge à plusieurs reprises sur ce rapport, d'abord quand il reçoit la récompense pour avoir sauvé Hishigawa, puis lorsque ce dernier lui propose d'entrer à son service comme yojimbo. L'argent est désormais une réalité pour lui alors qu'avant, toute cette partie de l'existence était prise en charge par son épouse. Sa force de caractère exceptionnelle et son désintérêt pour les richesses matérielles aidant, il éloigne rapidement la tentation, indiquant qu'il ne souhaite renoncer ni à sa condition, ni à sa mission.

À l'aide d'analepses, Furutani nous instruit un peu plus sur ce qui fit Matsuyama tandis que se noue le destin de la maison Hishigawa, objet de la vengeance officielle de Grand mère aînée. La présence du rônin dans l'entourage du commerçant Hishigawa étant perçue par Enomoto comme une menace, elle permet à Furutani de dérouler un fil secondaire sur la rivalité des deux hommes d'épée. Le duel final de cette Vengeance au Palais de Jade [1] assurera, provisoirement, la victoire de l'esprit du sabre sur l'argent-roi.

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/09/2009



Notes :

[1] Le duel, Furutani le montre très bien dès les premières pages de sa Trilogie, va devenir bientôt l'unique moyen pour ces guerriers de se mesurer aux autres. Pour connaître leur valeur d'abord mais, aussi, pour se mesurer à la mort, puisque c'est à cela que les conditionnait leur éducation.

Illustration de cette page : Samouraï se préparant au seppuku