Jusqu'à plus soif

J
Jean Amila

Jusqu'à plus soif

France (1962) – Série Noire Gallimard (1962)


Quand les croquants normands alimentent la capitale en alcool de contrebande, cela ne va pas sans risque. Du fermier au député local, tous sont au service de la goutte, qui coulent plus sûrement dans leurs veines que le sang d'origine. C'est ce que vont apprendre à leurs dépens gabelous et truands.

J'ai une très grande sympathie pour les romans de Jean Amila, mais il me faut reconnaître que beaucoup ont vieilli et, certains, plutôt mal. C'est le cas de ce Jusqu'à plus soif, fresque de l'intempérance et de la ruralité qui relate par le menu l'emprise de l'alcool sur cette terre basse-normande et sur ses habitants, dès leur plus jeune âge.

La description du trafic, dans lequel tout le monde trouve son compte à la condition de rester à sa place, est évidemment parfaite, mais tout cela relève d'une autre époque, comme un vieux film de gangsters des années 50.

Ils sont tous là, de l'efficace truand parisien, élégant et arrogant, à la mousmée de bonne famille qui s'encanaille au contact de la pègre, en passant par l'homme de main taciturne et meurtrier. Face à eux, le bon sens paysan, enfin ce qu'il en subsiste après les hectolitres de jus de pomme avalés, la mauvaise foi et l'ivrognerie, la méchanceté et l'intolérance, et cette solidarité quasi révolutionnaire contre l'étranger et l'autorité, où l'on n'hésite pas à faire le coup de poing autour des alambics pour défendre ses droits et son histoire.

Le roman d'Amila est plein d'action, de rebondissements, certains personnages sont exagérément réussis (je pense à la terrible mère Dhozier), mais tout ceci sonne vieux. Ce témoignage d'une époque désormais révolue n'a, à mon sens, pas su gagner son intemporalité, malgré les qualités évidentes d'écriture d'Amila et son souci de mettre en scène les petits, les sans-grades. Jusqu'à plus soif rôde sur le même territoire que le Fantasia chez les ploucs de Charles Williams, roman foisonnant et hilarant qui, lui, n'a pas pris une ride.

Chroniqué par Philippe Cottet le 25/11/2011



Illustration de cette page : Paysans de l'Orne et leur alambic

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : 50 Words For Snow de Kate Bush (Noble & Brite - 2011)