Le café Azul profundo

L
Roberto Ampuero

Le café Azul profundo

Chili (2001) – 10/18 (2005)


Traduction de Bernard Cucchi

La phrase énigmatique Delenda est australopithecus et un rendez-vous au restaurant Azul profundo de Santiago. Ce sont les seules indications en possession de Cayetano Brulé, le privé cubain de Valparaiso, quand l'homme qu'il devait rencontrer se fait assassiner sous ses yeux. Désireux de faire la lumière sur ce meurtre, Brulé se heurte très vite aux instances supérieures et secrètes de l'État chilien.

S'il y a quelque chose que l'on ne peut reprocher à Roberto Ampuero, c'est d'avoir la langue dans sa poche. Ses considérations sur les gauches chiliennes qui peuplent Le café Azul profundo sont plutôt tonitruantes. Voyez-le dénoncer celles, affairistes et embourgeoisées, qui se sont coulées dans le moule des classes qu'elles combattaient jadis ! Regardez-le taper sur celles figées dans leurs habitudes cryptomilitaires et sectaires ! Et il met autant de plaisir à critiquer toutes ces compromissions, ces trahisons qu'à vilipender le « modèle cubain » où règnent désormais en maître, comme avant l'arrivée des Barbudos, la prostitution et le dollar. Après tout, pourquoi pas ?

roberto ampuero - café azul profundo Tout ceci est cependant noyé dans un roman beaucoup trop long, censé rendre compte d'une conspiration à l'échelle mondiale qui viserait, dans le temps du récit, à déstabiliser le Chili. Le café Azul profundo partait pourtant sur une assez bonne idée : le meurtre, sous les yeux du détective Cayetano Brulé, d'Agustin Lecuona. Celui-ci aurait pu rester un parfait inconnu s'il n'avait pris la précaution d'embaucher, par courrier, le privé cubain de Valparaiso tout en lui susurrant préalablement à l'oreille son mystérieux message.

La suite du Café Azul profundo conduit Brulé dans les endroits qu'Ampuero fréquenta du temps de son exil. Après le Chili, la Suède et Cuba (avec un ultime détour par la côte touristique du Yucatan) le voient lancé à la poursuite d'une organisation secrète défendant les intérêts des multinationales, dans une atmosphère improbable entre Tintin et des films d'espionnage de série-Z.

Ampuero écrit à la truelle, se répète, délaie, reste à la surface de ses personnages, propose du bruit en guise d'action. Brulé, brut de décoffrage, individualiste acculturé et héros finalement assez peu attachant, bulldozerise les mystères de ce monde sans se démonter. Il échappe facilement à des assassins d'habitude plutôt efficaces et décrypte le complot avec une simple connexion à l'internet. Un roman confus et sans humour, tout à la fois naïf et roublard.

Chroniqué par Philippe Cottet le 13/09/2009



Illustration de cette page : L'entrée du Café Azul profundo de Santiago