La quatrième forme de Satan

L
Pieter Aspe

La quatrième forme de Satan

Belgique (1998) – Albin Michel (2009)

Titre original : De vierde gestalte
Traduit du flamand par Michèle Deghilage et Emmanuèle Sandron

Alors qu'une secte sataniste initie un nouveau membre, le corps d'une jeune fille est retrouvé dans un canal brugeois. D'abord considérée comme suicide, ce qui permet à Van In de déposséder la détestée gendarmerie de l'enquête, la mort se révèle être un crime particulièrement rusé, prélude à d'autres meurtres, mettant Bruges à feu et à sang.

Si j'ai mis sur le métier un autre livre de Pieter Aspe, c'est essentiellement pour vérifier les impressions d'une première lecture plutôt banale et décevante, à l'occasion du service de presse de La mort à marée basse.

L'histoire criminelle qui sous-tend La quatrième forme de Satan est une honnête variation sur le thème du secret de famille, du malaise de l'adolescence et de la perte de repères dans lesquels peuvent s'engouffrer aisément tous les marchands de rêve, dealers ou sectaires.

Alors que le satanisme devient, pour tout auteur de polars à héros récurrent, un passage quasi obligé, Aspe le traite avec une distance teintée de dérision. Son alcoolique commissaire ne croit pas en grand-chose, et surtout pas à ces simagrées de veille de fin du monde. La première scène du livre – qui nous fait assister à une cérémonie d'initiation d'un nouveau membre – donne tout à fait le ton : une escroquerie dissimulant un lucratif trafic de stupéfiants, mais pour laquelle beaucoup de gens vont finalement mourir. Aspe oriente le lecteur sur de nombreuses fausses pistes jusqu'au dévoilement ultime et toujours assez inattendu du vrai responsable.

Tout ceci n'est pas mal vu, mais comme l'enquête de La quatrième forme de Satan est menée au pas de charge (ce qui a l'air d'être une habitude), on ne se perd pas vraiment dans les détails ou la psychologie des personnages. Car une place importante (et assez semblable de livre en livre) continue d'être occupée par la vie intime des trois personnages principaux, les querelles du ménage Van In - Hannelore (ici, la fin de grossesse de Madame et ses crises de jalousie) et l'alcoolisme de l'atrabilaire policier. Si vous n'accrochez pas à ces personnages, si le morceau de bravoure final qui scelle une fois encore la réconciliation du couple vous laisse de marbre, ce qui reste à vous mettre sous la dent est tout à fait quelconque.

Vous l'avez compris, La quatrième forme de Satan ne m'a pas réconcilié avec l'écriture de Pieter Aspe.

Chroniqué par Philippe Cottet le 13/06/2011



Illustrations de cette page : Satan