Zone de tir libre

Z
C.J. Box

Zone de tir libre

États-Unis (2007) – Seuil (2009)


Traduction d'Aline Weill

Joe Pickett se morfond comme contremaître dans le ranch du mari de sa belle-mère. Il est sollicité par le gouverneur du Wyoming pour enquêter sur un quadruple meurtre dans le parc national de Yellowstone. Après le massacre, le tueur s'est immédiatement rendu aux Rangers. Il va être libéré, après seulement trois mois de prison, pour une étonnante raison juridique. En échange d'une enquête discrète, car le Parc est un domaine fédéral, Joe sera réintégré dans le corps des gardes-forestiers du Wyoming.

Les quelques kilomètres carrés du parc de Yellowstone situés en Idaho possèdent une intéressante particularité juridique. Un homme ayant perpétué un meurtre dans cette bande de terre peut très bien demander – comme la Constitution des États-Unis lui en donne droit –, à être jugé par ses habitants. Le problème est qu'à l'exception d'ours, wapitis et autres bisons, personne ne vit à cet endroit.

Park RangerDans l'impossibilité de réunir un jury, ce morceau de Yellowstone est devenu une Zone de tir libre et l'avocat McCann, qui a abattu ces quatre personnes, a commis le crime parfait. Était-il au courant de cette particularité au point de préméditer son acte ou a-t-il seulement, comme il l'affirme, répondu à leurs insultes dans un mouvement de colère, puis découvert ce moyen de défense ? Joe Pickett sent bien que ce n'est pas uniquement cette question d'impunité du tueur qui tracasse le gouverneur. Mais la possibilité de récupérer son insigne est plus forte que son appréhension et il accepte donc d'aller mettre son nez dans des affaires où personne ne souhaite le voir fouiller.

À partir de ce début prometteur, C.J. Box développe une trame pleine de maîtrise, rythmée, par instants surprenante. Disposant de l'un des plus beaux cadres naturels sur Terre, il peut nous en faire admirer l'étrangeté et la dangerosité grâce à des personnages secondaires très réussis. McCann est un avocat retors comme on en rencontre tant dans le polar, mais l'insolence avec laquelle il défie le monde du haut de son impunité en fait un drôle de lascar. Cutler, le directeur de l'hôtel passionné de géologie ou le Dr Keaton, prophète alcoolique de la destruction prochaine de l'humanité par l'explosion de la caldeira de Yellowstone, permettent nos progrès, tant dans l'intrigue que dans la connaissance de la singularité du Parc. Le ranger Demmings, partagée entre son devoir, son goût pour la vérité et la sympathie qu'elle éprouve pour Pickett lui sera d'une aide appréciable. Tous ses personnages sont très humains, très fragiles aussi. Ils entrent facilement en symbiose avec Joe Pickett, homme humble par définition, qui va cependant devoir affronter la triste dureté de son passé.

Zone de tir libre est simple, efficace, addictif. Beaucoup de choses y sont seulement suggérées mais suffisent parfaitement à l'intelligibilité du propos. Preuve que C.J. Box a confiance en ses lecteurs et les respecte, ce qui est tout à fait gratifiant. Je regrette simplement, comme j'en avais déjà fait la remarque, dans une note, lors de ma chronique d'Une tombe accueillante, l'externalisation de la violence ultime qui permet au héros de garder finalement toujours les mains propres. Ici, l'ancien des forces spéciales Nate Romanowski, ami inconditionnel de Joe Pickett fait, une fois encore, plusieurs fois le sale boulot.

Chroniqué par Philippe Cottet le 14/10/2009



Illustration de cette page :
Ranger du National Park Service de Yellowstone

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note :
Songs For The Deaf de Queens of the Stone Age (Interscope - 2002)