La Daronne

L
Hannelore Cayre

La Daronne

France (2017) – Métailié (2017)


Une interprète au service de la police voit l'opportunité de s'emparer d'un énorme chargement de résine de cannabis en provenance du Maroc.

Fille unique d'un pied-noir – truand et meurtrier – et d'une rescapée des camps – paresseuse et dépensière –, Patience Portefeux est devenue veuve très tôt avec deux enfants en bas âge.

Sans le sou, la narratrice de La Daronne s'est saignée aux quatre veines pour élever sa petite famille et prendre en charge maintenant sa mère malade et octogénaire qu'elle hait de toute son âme. Interprète d'arabe, elle est spécialisée dans la traduction d'écoutes pour les services de répression du trafic de stupéfiants. S'étant prise d'affection pour l'une des familles de dealers, elle leur permet de déjouer le piège tendu par la police, laissant dans la nature plus d'une tonne de cannabis de la meilleure qualité.

La Daronne est un récit court mené à la vitesse d'un go fast par Hannelore Cayre. Ce portrait d'une femme rangée qui se découvre des aptitudes criminelles dont auraient été fiers son père et son époux est à la fois drôle et amer. Attachante sans être réellement sympathique, Patience a couru toute sa vie adulte après l'argent au point de ne plus forcément savoir quoi faire si elle en avait. Bien sûr, doter ses deux filles de quelques biens s'il lui arrivait quelque chose et continuer de payer l'EHPAD dans lequel son insouciante de mère n'en finit pas de mourir. Mais a-t-elle encore des rêves ?

L'écriture d'Hannelore Cayre est vive, sombre, ironique quand le récit revient sur l'enfance, éclairant peu à peu la personnalité de Patience, expliquant sa dureté, son immense solitude et la formidable hardiesse qui la pousse sur la voie criminelle. Elle sait se faire grave et révoltée pour évoquer le sort des personnes âgées en fin de vie, sarcastique et acide pour moquer ces dealers de banlieues de pacotille, qui se prennent pour Tony Montana, mais ne sont que des boutiquiers :

Leurs films préférés sont Fast and Furious 1, 2, 3… 8 et Scarface. Ils sont tous sur les réseaux sociaux – libres ou en taule, c’est selon – où ils s’affichent comme travaillant chez Louis Vuitton et fréquentant Harvard University. Ils y échangent de grandes vérités où l’islam sunnite (la partie qui a trait à la polygamie, principalement) se mêle aux répliques cultes de Tony Montana et aux textes des rappeurs qui dépassent les cinq cents millions de vues sur YouTube. Ils sont en matière d’introspection comme tous les commerçants du monde… d’une pauvreté crasse.

Avec du bagout et un peu de chance, La Daronne finira par faire la paix avec elle-même. Un roman distrayant qui a obtenu le Prix Le Point du polar européen.

Chroniqué par Philippe Cottet le 11/04/2017



Illustration de cette page : Audrey Hepburn en 1970