Trouver l'enfant

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Rene Denfeld

Trouver l'enfant

États-Unis (2017) – Rivages (2019)

Titre original : The Child Finder
Traduction par Pierre Bondil

À l'âge de cinq ans, alors qu'elle accompagne ses parents dans les forêts enneigées de l'Oregon pour couper un sapin de Noël, Madison disparaît. Trois ans plus tard, le couple fait appel à une enquêtrice privée, Naomi, pour tenter de la retrouver ou au moins obtenir des réponses.

J'ai l'impression que les affaires d'enlèvement et de séquestration d'enfants, qu'elles relèvent du réel ou de la fiction, ont tendance à beaucoup se ressembler. Enfermement dans un lieu proche et souvent chtonien, privations sensorielles, exclusivité de la médiation au monde que s'arroge le kidnappeur afin de renforcer sa domination, violences physiques parfois sans logique pour maintenir la victime dans une terreur permanente et obtenir son consentement, etc.

Trouver l'enfant se déploie sur trois axes qui, sans renouveler tout à fait le genre, permettent de suivre avec intérêt l'enquête de Naomi. Si celle-ci s'est spécialisée dans les disparitions d'enfant, c'est parce qu'elle fut elle-même une victime. Elle n'a cependant gardé aucun souvenir de ces moments – qui ont pu être des années –, à part cette inquiétude diffuse qui la maintient sur un qui-vive constant et un profond sentiment de culpabilité dont elle ne peut saisir l'origine. Sa vie a (re)commencé après son évasion alors qu'elle devait avoir à peu près neuf ans et qu'elle fut adoptée par une femme seule, Mrs Cottle, déjà en charge d'un garçon de son âge, un Indien Kalapuya nommé Jerome.

Rene Denfeld nourrit assez intelligemment son récit de deux dévoilements parallèles sur la personnalité de Naomi : celui de sa réadaptation au monde durant ses années adolescentes et celui du cauchemar qui l'habite toujours, constitué de ce qu'elle avait choisi d'oublier pour se préserver et qui commence à émerger pendant la recherche de la petite Madison. Cette quête de son identité et de la vérité sur son enfance sera sans doute le fil rouge des récits qui suivront, car patiente, sensible, tenace, intuitive, méfiante, désintéressée, le personnage de Naomi a été conçu pour durer.

Madison est l'autre voix de Trouver l'enfant, qui nous permet de vivre de l'intérieur sa séquestration et le processus mental qu'elle a adopté pour pouvoir y faire face. Parce qu'elle réussit en partie à s'abstraire de ce qu'elle subit, elle collabore avec son ravisseur, s'y attache, s'émerveille du monde restreint dans lequel il déploie son asociabilité sans jamais perdre de vue sa dangerosité, sa violence éruptive, ni la possibilité, un jour, d'y échapper. Cela sonne plutôt juste, mais j'ai trouvé que certains de ses raisonnements ou réactions étaient trop avancés pour une gamine de huit ans, dont trois en isolement intellectuel et sensoriel total.

Le désert enneigé et glacial des montagnes et des forêts de l'Oregon – avec ses rares et donc très excentriques habitants – dans lequel se déploie l'enquête est bien utilisé par Denfeld, qui réussit ainsi à faire, à partir d'un sujet plutôt difficile, un bon roman d'atmosphère. Le final de Trouver l'enfant et son happy ending reste un peu trop convenu à mon goût, mais il ravira sans doute la plupart des lecteurs.

Chroniqué par Philippe Cottet le 24/01/2019



Illustration de cette page : Forêt de pins en Oregon