Moi comme les chiens

M
Sophie Di Ricci

Moi comme les chiens

France (2010) – Moisson Rouge (2010)


Willy, dit Alan, traîne dans la ville ses espoirs et ses mensonges. Il rencontre Mickey et Bouboule, deux junkies qui tapinent pour payer leurs doses et surtout Hibou, mystérieux quadragénaire que la rumeur dit ancien du grand banditisme et qui, un soir, sauve la vie d'Alan.

Moi comme les chiens est une histoire d'amour, brute et brutale, entre deux solitudes : un jeune funambule la tête farcie d'inaccessibles étoiles et un vieux matou cabossé, revenu de tout.

Le babil impatient et insupportable du Rimbaud punk, beau et traître à la fois, arrache une à une toutes les défenses de l'ancien tueur, avec toute l'insolence de celui qui pense vivre mille ans, comblant peu à peu leurs vides.

Coup de foudre, coups de reins, coups du sort égrènent le temps de cet amour et d'une campagne footballeuse à l'autre bout de la planète, perdue, elle, sur un coup de tête. L'écriture punchy, sans détour, sans manières de Sophie Di Ricci lui permet de garder le cap de Moi comme les chiens entre mièvre et graveleux, qui auraient pu fracasser ce premier roman. Les pages terminales, celles de la vengeance, nous rappellent que la vraie pornographie reste bien celle de la violence mortelle de l'homme.

Ma réticence vient de ce que je n'ai pas cru un seul instant à la masculinité d'Allan, qui m'a fait penser à une midinette tragique dont on aurait changé au dernier moment l'étiquette. Moi comme les chiens me semble d'ailleurs sonner beaucoup plus juste en adoptant ce point de vue, mais l'histoire en devient, du même coup, extrêmement banale.

Chroniqué par Philippe Cottet le 21/05/2011



Illustration de cette page : Le groupe pre-punk Television

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Marquee Moon de Television (Elektra - 1977)