Une jolie bombe

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Ben Elton

Une jolie bombe

Royaume-Uni (1998) – L'Archipel (2003)


Traduction de Philippe Vigneron

Le général Jack Kent, officier supérieur de l'armée des États-Unis, est en visite en Angleterre. Après le premier Ministre, il va rencontrer secrètement Polly, ancienne militante pacifiste qu'il aima passionnément seize ans plus tôt alors qu'elle n'était qu'une adolescente rebelle. Âgée de 34 ans, celle-ci est, pour l'instant, harcelée par un dénommé Peter qui s'est mis en tête qu'elle était la femme de sa vie.

Il faut d'abord prendre Une jolie bombe comme un divertissement, car, même si la tension monte régulièrement tout au long du roman, l'aspect criminel n'intervient que dans les dernières pages. Dans un huis clos nocturne, Ben Elton rassemble Polly et l'homme qu'elle aima et qui lui brisa le cœur, seize années auparavant. Autour de la maison rôde Peter, harceleur armé désormais envahi par la jalousie.

protest 1980 En opposant deux personnes aussi dissemblables que Polly et Jack, le talent comique d'Elton trouve un terrain de jeu évident. Kent est un pur produit de West Point. Macho républicain, néo-con discipliné et obtus, il vit avec une certaine consternation les changements dans la société. Polly incarne justement ceux-ci, perpétuellement engagée dans toutes ces causes, souvent perdues, au point qu'elle en a oublié de vivre.

Par un mouvement entre le passé et le présent, Elton nous montre comment cet étrange couple se forgea et se retrouve, querelleur, entre les discours politiques enflammés de Polly et les propos réactionnaires de Jack. Ceci lui permet d'effectuer une critique plutôt caustique des sociétés britannique et amerlocaine des deux époques. Souvent drôle, parfois moralisateur, c'est juste un tout petit poil trop long pour moi.

La plongée dans le criminel est surprenante. Nous y avons été naturellement préparés, mais en trois chapitres habilement menés, Ben Elton fait passer son histoire du comique au tragique, rendant même comique le tragique. De très efficaces retournements de situation, que je vous laisse découvrir, font d'Une jolie bombe un moment de lecture distrayant entre deux livres plus difficiles.

Chroniqué par Philippe Cottet le 25/10/2009



Illustration de cette page : Manifestantes du Greenham Common Women's Peace Camp

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Nisi Dominus & Stabat Mater d'Antonio Vivaldi, ensemble Matheus sous la direction de Jean-Christophe Spinosi, Philippe Jaroussky (contretenor) et Marie-Nicole Lemieux (contralto). Une galette Naïve de 2007.