Chiennes fidèles

C
Williams Exbrayat

Chiennes fidèles

France (2013) – Storylab (2013)


Chiennes fidèles : ruiné par son divorce, le détective Maddog trempe dans une drôle de combine pour pouvoir séduire Dora, un canon de la moitié de son âge qui finira par vider son appartement. Chasse à l'Épaulard : Lisa, l'ex-femme de Maddog, est sans nouvelle de son mari, le dénommé Épaulard. Elle demande au privé de partir à sa recherche.

Chiennes fidèles et Chasse à l'Épaulard sont deux livres tout à fait distincts, disponibles uniquement en numérique, l'éditeur Storylab faisant le pari de romans très courts à lire sur smartphone, liseuse ou tablette. On nous indique même à chaque fois le temps prévu pour consommer chaque ouvrage ; le premier peut être lu en 45 minutes, le second en un peu plus d'une heure.

Exbrayat, comme son célèbre homonyme, fait dans le polar rigolo pour le temps d'un trajet grande banlieue – Paris (avec ou sans grève) ce qui implique des histoires plutôt basiques, voire bâclée pour la première, où c'est le trait d'esprit qui compte. Maddog a un faux air de Nestor Burma qui dirait beaucoup plus de gros mots que le célèbre héros de Malet, jacterait comme lui en permanence pour faire sourire le lecteur et se ferait assommer une à deux fois par roman. Ancien militaire, coureur de jupons insatiable, vulnérable et naïf, c'est quand même un gros dur qui n'hésite pas à jouer des poings.

Chiennes fidèles raconte ses malheurs avec la belle Dora, qui en embarquant tout son mobilier, s'est emparé d'une urne funéraire dans laquelle était caché un objet que le détective doit impérativement rendre à un gros méchant. On sourit un peu, devant des situations que l'on a déjà lues et vues au cinoche des dizaines de fois. La fin m'a semblé totalement bâclée, comme si le roman n'était finalement qu'un moyen d'introduire le personnage. 42 pages seulement sur ma liseuse, ceci explique peut-être cela... [1/5]

Chasse à l'épaulard est un peu plus construit, même s'il s'agit là encore d'une histoire de vengeance, et là encore avec un immense goût de déjà lu, qu'atténue un peu le traitement humoristique du sujet. L'ex-madame Maddog est une teigne qui embobine et secoue dans tous les sens le détective. Celui-ci fonce naturellement tête baissée dans une aventure où beaucoup la perdent (la tête...). Gnons et bagarres à tous les étages, une heure environ de lecture (68 pages sur ma liseuse), plaisant et sans réel intérêt. [2/5]

Je ne sais pas si ce format court correspond à une attente du public utilisant les supports numériques [1] ou s'il est une tendance qui se dessine dans le monde de l'édition pour des produits de consommation rapide. Chiennes fidèles comme Chasse à l'épaulard apparaissent comme des romans légers dans tous les sens du terme.

Chroniqué par Philippe Cottet le 17/09/2014



Notes :

[1] Je lis sans aucun problème des romans longs sur ma liseuse (Hérétiques de Leonardo Padura que j'ai délaissé le temps de chroniquer ceux-ci fait par exemple 570 pages sur ma Sony). D'autre part, j'apprécie aussi nouvelles et romans courts (il y en a beaucoup dans la littérature d'Asie) qui font environ le double – 110 à 120 pages –, avec le sentiment de me mettre quelque chose sous la dent quand même.

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Live from the Artists Den de Robert Plant and the Band of Joy (2012)