Meurtres sur papier

M
Alicia Giménez Bartlett

Meurtres sur papier

Espagne (2000) – Rivages (2004)

Titre original : Muertos de papel

Petra Delicado et son adjoint Fermin Garzón enquêtent sur l'assassinat d'Ernesto Valdés, un chroniqueur mondain de la presse à scandale. Si le meurtre apparait bien être l'œuvre d'un professionnel, le commanditaire pourrait bien être n'importe laquelle des personnes dont Valdés à ruiner la vie.

J'avais trouvé très intéressant Des serpents au paradis –&nbsp ;paru postérieurement à ce Meurtres sur papier&nbsp ;– parce qu'Alicia Giménez Bartlett y avait réussi une intéressante critique sociale de l'Espagne contemporaine tout en pointant efficacement du doigt le mal être de son héroïne.

Si le milieu de la prensa amarilla, la presse à scandales, semble une nouveauté pour les deux enquêteurs, il ne l'est pas vraiment pour nous. Giménez Bartlett m'a semblé bien moins pertinente dans son observation de l'attelage infernal voyeurisme du lectorat - exhibitionnisme des personnalités (qui est le fondement de ce journalisme de caniveau) que lorsqu'elle abordait les pratiques sociales des nouveaux riches espagnols, se contentant de constater ce que nous connaissons déjà, y compris la possibilité que des scandales soient utilisés à de fins de chantage, d'argent ou de pouvoir.

C'est sur cette trame que sont tissés ces Meurtres sur papier, enquête de police tout à fait classique, grevée par des déplacements incessants entre Barcelone et Madrid qui épuisent autant les héros que le lecteur, même si sa résolution – telle une munition à fragmentation – est agréablement surprenante. Je continue de trouver le duo Delicado-Garzón délicieusement vieillot et totalement artificiel dans ses chamailleries, ses bouderies ou dans la dévotion qu'éprouve l'inspecteur-adjoint pour sa chef. Tout comme les états d'âme de Petra Delicado, nés de cette tension entre son métier – où elle se multiplie et semble incontournable – et son féminisme affiché – qui semble la laisser seule –, cela permet à Alicia Giménez Bartlett de maintenir ses polars à l'écart d'une véritable noirceur.

Il y a toujours, chez cette romancière, un équilibre précaire entre la méchanceté humaine, sa violence et un quotidien plus léger qui inlassablement tente de reprendre ses droits. De la qualité du mélange nait ou non l'agrément du lecteur. Celui à l'œuvre dans ces Meurtres sur papier était un peu trop sirupeux à mon goût.

Chroniqué par Philippe Cottet le 26/05/2009



Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Œuvres pour piano et violoncelle de Bohuslav Martinů (1999 chez Naxos).