Nous sommes un orage sous le crâne d'un sourd

N
Chaïm Helka

Nous sommes un orage sous le crâne d'un sourd

France (2013) – La manufacture de livres (2013)


Dijon. Un lieutenant de police reçoit sur son téléphone portable la vidéo d'une lutte – à l'issue tragique – entre un homme et un chien. Le public que l'on aperçoit laisse penser à un combat transgenre qui aurait mal tourné, mais l'hypothèse d'une exécution sadique s'impose un peu plus lorsque deux personnes sont retrouvées, égorgées de la même façon par un animal, toutes deux sympathisantes de l'extrême droite.

Nous sommes un orage sous le crâne d'un sourd est un titre prometteur et ambitieux, tiré de l'œuvre de Blaise Cendrars.

Cette dernière rythme les pensées d'un héros au patronyme de poète suicidé, flic de province dont le monde se délite et qui tente jusqu'au bout de remplir sa mission, sans doute parce qu'elle reste la seule chose tangible.

Bloqué dans son avancement pour avoir chatouillé les moustaches d'un tigre local, Kern Crevel doit gérer, en plus des affaires criminelles qui lui tombent sur le râble, les conséquences de son divorce (un adolescent incontrôlable, sa jalousie pour son ex refaisant sa vie), la dérive mortifère de son partenaire (père de famille qui s'est découvert une passion soudaine pour un giton camé dont les macs sont prêts à le faire chanter) et l'alcoolisme de son voisin et peut-être unique ami, qui va se révéler sur le tard un personnage peu fréquentable. Excellent policier du genre franc-tireur “ fuck la hiérarchie ”, il va tenter de mener à bien, dans ce foutoir, la résolution de cette affaire de meurtres de sympathisants nazis.

Sur une trame linéaire et plutôt usée d'un flic qui entend rester honorable dans la tourmente, Nous sommes un orage sous le crâne d'un sourd propose la vision d'une ville de province soumise aux mêmes démons que les plus grandes cités : quartiers à l'abandon, drogues, trafics, corruption, violence ordinaire, meurtres absurdes nés de l'entassement, de la misère, de la promiscuité. Ce décor est la partie sans doute la plus réussie du roman, le reste étant soigné, mais sans réelle surprise. Tous les personnages et les situations semblent conçus dans le seul but de tester la résistance et l'intégrité du lieutenant Crevel et l'entrainer vers une rédemption finale où le lecteur constatera qu'il a été jusqu'au bout un homme d'honneur – naturellement tel qu'il l'envisage, c'est-à-dire y compris contre la loi ou la morale.

Nous sommes un orage sous le crâne d'un sourd, qui à mon sens tient plutôt du scénario de film d'un certain cinéma policier français, n'est pas un mauvais livre. Juste quelque chose qui ne laisse aucune trace passée sa lecture (en librairie le 31 octobre 2013).

Chroniqué par Philippe Cottet le 19/10/2013



Illustrations de cette page : La tour Bagatelle à Dijon

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : $O$ de Die Antwoord (Cherrytree Records - 2009)