L'homme chauve-souris

L
Jo Nesbø

L'homme chauve-souris

Norvège (1997) – Gaia (2002)

Titre original : Flaggermusmannen

Alcoolique abstinent depuis qu'il a provoqué la mort d'un collègue pendant une course poursuite, Harry Hole est envoyé en Australie pour servir de lien avec la police de Nouvelles-Galles du Sud, suite à l'assassinat d'une ressortissante norvégienne. Dès son arrivé à Sydney, il est pris en charge par un drôle de flic, Andrew Kensington, aborigène cultivé et excentrique.

Le risque de ces aventures à l'étranger est de tomber dans un exotisme de pacotille, une littérature de clichés posés ça et là pour créer une couleur locale acceptable par le plus grand nombre. En ajoutant quelques mythes abo comme autant de leçons de morale impénétrables [1] et quelques considérations sur la spoliation et les conditions de vie des Noirs, vous obtenez ce mélange bon teint qui va si bien aller à celui de votre baroudeur de héros.

Ce dernier n'a bien sûr aucune peine à s'adapter à cet environnement en carton-pâte, il y est comme un poisson d'élevage dans l'eau : Harry Hole, flic norvégien sans intérêt, alcoolique – ils le sont finalement tous (pas les Norvégiens, les flics de polars) – traine sa faute (le collègue mort), son amour blessé (Kristin) et pour la suite de ses aventures son amour-mort-même-que-c'est-un-peu-sa-faute-à-lui (Brigitta).

l'homme chauve-souris - aborigèneAprès le décès-de-son-seul-ami-dans-le-pays, Harry plonge dans une formidable et permanente gueule de bois qui ne va pas l'empêcher pourtant d'être le meilleur (clic, clic, clic, je crois qu'ils sont tous là). Notre blond héros prend néanmoins, rapidement, sans complexe et dans cet ordre la tête de la police criminelle de Sydney et celle de l'enquête sans avoir l'air d'y toucher, échangeant quelques coups avec les malfrats locaux, menaçant les uns, cajolant les autres de sa seule autorité naturelle (en vrai flic mondialisé prêt à faire son boulot partout où le mal existe et se souciant assez peu des lois et prérogatives locales) et attrapant au final le chef du SPECTRE, le énième tueur en série fou aux motivations paranoïaco-terroristes laborieuses.

Mieux vaut en rire, en dégustant au deuxième degré les inévitables considérations philosophiques – la vie, l'amour, la mort, clic, clic, ultimes cheveux sur ce brouet primé – et laisser Harry filer seul vers sa prochaine destination, la Thaïlande, clic, clic...

Chroniqué par Philippe Cottet le 21/04/2007



Notes :

[1] Lire plutôt le fabuleux Rameau d'or de James Frazer (réédité chez Robert Laffont), autant pour le Temps du Rêve aborigène que pour les autres mythes et cosmogonies de l'humanité.

Illustration de cette page : Aborigène

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Toujours et encore les Orchesterlieder d'Hugo Wolf chez Harmonia Mundi (2005)