Rue Sans-Souci

R
Jo Nesbø

Rue Sans-Souci

Norvège (2002) – Gallimard Série Noire (2005)

Titre original : Sorgenfri

Revenu à la Brigade Criminelle, Harry Hole est appelé à travailler avec l'OCRB sur le cas d'un braquage de banque ayant mal tourné : une employée a été froidement abattue par le voleur, qui n'a laissé derrière lui aucune empreinte, aucun indice exploitable autre que son image sur la vidéo de surveillance. Bientôt, d'autres braquages suivront mais Harry et l'inspectrice Beate Lønn avec qui il fait équipe doute qu'il s'agisse du même individu. Dans le même temps, l'inspecteur est recontacté par Anna, une ancienne conquête qui est retrouvée morte un matin. Le problème est qu'Harry semble avoir passé la dernière nuit chez elle mais qu'il ne se souvient de rien...

Après la ligne narrative extrêmement limpide de Rouge-Gorge, cette Rue Sans-Souci se présente comme un empilement de deux machinations plutôt complexes, d'autant qu'en arrière-plan le méchant de l'histoire – l'inspecteur Tom Waaler, alias Prinsen – continue de manipuler la réalité pour faire avancer sa cause ou se protéger de Hole, interférant dans les deux affaires et ajoutant encore à la confusion.

nesbo harry hole rue sans-souci L'ensemble est agréable à lire mais je dois reconnaître être resté perplexe, surtout devant l'histoire d'Anna. L'idée de la vengeance comme œuvre d'art est intéressante, mais ce billard à n bandes que joue le meurtrier de la Tsigane pour arriver à ses fins s'agence trop bien, est trop miraculeux pour rester crédible. Il peut être réjouissant de voir Harry Hole transformé en instrument involontaire de cette vengeance en train de s'accomplir, actionnant lui-même d'autres instruments – Raskol, l'un ou l'autre des époux Albu – et/ou se faisant manipuler par eux. Mais là est justement la limite de l'exercice. Il est évidemment et absolument impossible de prévoir à l'avance ces rencontres, ces dénouements ou ces retournements, et donc de faire avec Nesbø comme si la contingence n'était pas de ce monde.

D'autant que l'affaire de l'Exécuteur nous dit exactement le contraire. Elle aussi est une vengeance et une machination, ourdie dans ses moindres détails et déjà accomplie. C'est bien par des faits contingents, ce qu'on aime parfois nommer "grain de sable" qu'Harry et Beate vont la mettre à jour (ici la distance entre le meurtrier et sa victime, la valeur moindre de la bague, l'histoire de la passerelle). Du coup, cela renforce le côté artificiel, improbable et inutile de l'importante mécanique déployée dans l'histoire d'Anna.

Rue Sans-Souci voit enfin une évolution de l'affrontement entre Prinsen et Hole mais le dénouement est reporté au bouquin suivant. Rien d'inoubliable donc.

Chroniqué par Philippe Cottet le 25/10/2007



Illustrations de cette page : Bouvier allemand

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Toujours et encore le merveilleux White chalk (2007) de Pj Harvey, très inspirant malgré sa noirceur.