Top class killer

T
Jon Osborne

Top class killer

États-Unis (2011) – Seuil (2012)


Traduction d'Aline Weill

Un tueur en série supérieurement intelligent s'est donné pour mission de recréer les grands crimes du passé, mais sans les erreurs grâce auxquelles les coupables furent arrêtés. Il trouve sur sa route une fliquette du FBI parmi les plus douées de sa génération, et ce n'est pas vraiment un hasard.

Romanciers et éditeurs continuent donc de nous abreuver d'histoires de tueurs de masse qui se révèlent pratiquement toujours d'une consternante médiocrité, évidemment redondantes et d'un intérêt que je peine sincèrement à percevoir. D'autant qu'il n'y a plus aucune différence (style, écriture, thématique) entre ces livres et les cop shows télévisés abordant ces sujets, le même besoin de consolatoire étant prodigué au lecteur/spectateur, sans aucune fatigue pour ce dernier. À quoi sert alors d'écrire ?

Au début de Top Class Killer, Osborne évoque d'ailleurs ces programmes pour constater qu'ils nous ont tout appris sur la façon d'assassiner son prochain sans se faire attraper. C'est le but que poursuit Nathan Stiedowe en reproduisant les crimes de six tueurs de masse parmi les plus célèbres des États-Unis, en en corrigeant simplement les défauts.

Vous avez compris le ressort du roman : faire de Nathan un meta-serial-killer, qui permettra de recycler les connaissances de tout un chacun sur les méfaits de ces prédateurs. Comme le note Stéphane Bourgoin dans une préface presque plus intéressante que le livre, en tout cas bien plus courte, films et séries ont déjà investi ce domaine. La dernière en date – plutôt réussie, mais pour l'histoire qu'elle forge entre trois enquêteurs très différents –, étant la britannique Whitechapel [1].

Rien de tout cela dans Top Class Killer qui consacre les chapitres impairs au tueur et son cortège habituel de scènes violentes, sanglantes et macabres – dont ce genre de bouquins fait son miel – et à la révélation progressive du traumatisme infantile (évidemment !) qui fit de lui cet adulte monstrueux bien que supérieurement intelligent. Très taquin toutefois, car non content d'être cruel, Nathan nargue les policiers qui l'ont pris en chasse et leur donne rendez-vous pour le ou les meurtres suivants. Sacré Nathan !

Les chapitres pairs sont dévolus à l'enquêtrice du FBI Dana Whitestone, belle, première de la classe, dévouée à son métier mais tellement seule avec son chat et son ami homosexuel. Et, devinez quoi ? Elle aussi a un lourd secret traumatique infantile... Au tiers du bouquin, Nathan concluant chacune de ses apparitions par une imprécation destinée à Dana, une moitié de crétin comprendra que les “ deux lourds secrets ” ont sans doute à voir entre eux.

Écrit à la truelle, saturé de clichés, sans aucune distance et totalement prévisible, Top Class Killer est l'équivalent romanesque d'un épisode d'une série comme Criminal minds. Il a donc, malheureusement, des chances de trouver un public (en librairie le 12 avril 2012)

Chroniqué par Philippe Cottet le 06/04/2012



[1] Dramatique criminelle en, pour l'instant, trois saisons de trois épisodes, diffusée sur ITV depuis 2009. Elle a abordé le mythe de Jack the Ripper, puis la criminalité des années 50, avec les Kray twins. La troisième saison évoque deux affaires criminelles beaucoup plus anciennes.

Illustration de cette page : John Wayne Gacy

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Lieder d'Arnold Schoenberg, piano : Glenn Gould, chant : Donald Gramm, Ellen Faull, Helen Vanni, Cornelius Opthof (Sony - 1995)