Le chant des dunes

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Lalie Walker et Perrine Le Querrec

Le chant des dunes

France (2011) – La manufacture de livres (2011)


De 1955 à 1962, la traversée de la guerre d'Algérie par une femme, Lise Leplay, ancienne prostituée parisienne devenue bienveillante maquerelle à Colomb-Béchar.

Tout en lisant Le chant des dunes, je me demandais s'il s'agissait vraiment d'un roman et pas du script d'une soirée télévisuelle à venir, pour ménagère de n'importe quel âge. Je vous rassure, le genre qualité France, coiffures et vêtements impeccablement reconstitués, voitures d'époque et décors naturels garantis. En développant certains personnages (et Dieu sait que les fantômes et coquilles vides ne manquent pas dans ce roman), on pourrait même envisager deux fois 90 minutes, c'est bon ça coco...

Réduire la perception d'un conflit qui dura huit ans à un espace romanesque de 250 pages conduit forcément à des simplifications excessives, voire extrêmes, qui sont tout à fait la façon de faire d'une grande partie des fictions télévisuelles. La guerre comme ambiance, comme décor d'un destin de femme admirable – car notre maquerelle est belle, attirante, évidemment formidable avec ses filles et naturellement merveilleuse avec ses enfants –, voici à peu près ce que nous propose Le chant des dunes.

À Béchar, aux portes du désert, loin malgré tout de la violence urbaine de Constantine, d'Alger ou des combats dans les Aurès, la guerre derrière les murs de La Parisienne est presque anecdotique. Elle est plus une question de rumeurs, de changements de sentiments de la clientèle et surtout d'angoisses répétées de la patronne devant la fin annoncée de son petit paradis.

Tout va tellement vite – quelques repères historiques jetés ça et là comme autant de balises du temps qui passe –, que personnages intéressants (Nefissa la rebelle), sans consistance (Jo Mat, Wagner, Bosc le légionnaire amoureux), à la trajectoire parfaitement illisible (Arbant et Parker, les Plick et Plock de l'espionnage reconvertis dans la barbouzerie), archétypiques (Grasso, le médecin alcoolique et morphinomane, rédimé après l'élimination de l'absurde Wagner, Taha le Targui, forcément séduisant et homme d'honneur) se succèdent comme autant de clichés, sans parvenir à jamais donner chair au récit.

L'écriture, soit totalement plate, soit d'un lyrisme qui frôle parfois le pompier contribue certainement à la mièvrerie d'un ensemble qui ne peut qu'être décousu, parce que huit ans passent, alors qu'il ne se produit finalement rien, ou pas grand-chose à Béchar [1]. À croire qu'une moitié du manuscrit n'est jamais arrivée chez l'éditeur et que l'on a habillé vite fait l'autre – la vie au bordel de Béchar – de verroteries historiques [2], de “ jamesbonderies ” et de “ laurencedarabieries ” [3] pour qu'elle puisse entrer dans cette collection.

Le bon camp d'Éric Guillon, chez le même éditeur, avait introduit de façon convaincante le personnage de Jo Mat [4] tout en faisant un bel enfant à l'Histoire. Le chant des dunes, roman historique ou d'un fragment de vie est, en fait, un récit anhistorique médiocre, où toutes les positions sont jouées à l'avance et où l'on s'ennuie ferme (en librairie le 28 mai 2011).

Note : On pourra lire avec intérêt Christelle Taraud La prostitution coloniale. Algérie, Tunisie, Maroc (1830-1962) (Payot, 2003)

Chroniqué par Philippe Cottet le 18/05/2011



Notes :

[1] Par exemple, Taha et Parker s'entendent en 1955 ou 1956 pour que l'Américain fasse sauter des endroits stratégiques sur la route d'Alger pour le compte du Targui. On retrouve les deux hommes prêts pour les explosions, une centaine de pages plus loin... en 1962. Idem pour la mort de l'absurde Wagner, qui dérange tout le monde, mais qui ne sera éliminé que de nombreux mois (années ?) plus tard, afin d'occuper ce temps qui passe sans rien dedans.

[2] Parfois chronologiquement impossibles : « Certains rêvaient de marcher sur la lune » pense Parker à propos de la concurrence que se livrent les principales puissances dans la course à l'espace (page 99). Nous sommes alors en avril 1956. Spoutnik ne sera mis en orbite qu'en octobre 1957 et le discours sur la Nouvelle Frontière de Kennedy, annonçant la conquête de la Lune, formalisé qu'en mai 1961.

[3] Mâtinées de “ jamescoburneries ”, celui d'Il était une fois la Révolution

[4] Le chant des dunes revendique-t-il cette filiation, ce prolongement ?

Illustration de cette page : Prostituée algérienne

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Monolake - Interstate (Monolake - 1999)