Black$tone

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Guillaume Richez

Black$tone

France (2017) – Fleur Sauvage (2017)


Alors que la tension en mer de Chine du Sud est à son comble, un avion détourné s'écrase sur l'ambassade des États-Unis à Beijing, détruisant l'aile occupée par les agents de la C.I.A. Un certain nombre de personnes semblent vouloir souffler sur les braises pour déclencher un conflit entre les deux pays.

J'ai mis un peu de temps à lire Blackstone que m'avait fait parvenir son auteur, essentiellement parce que je ne suis pas porté vers ces livres que l'on qualifie de techno-thriller et qui s'apparentent aux romans d'espionnage de ma jeunesse. Les ennemis ont changé, mais les coups tordus sont restés les mêmes, sauf que les hommes de l'ombre qui marchaient seuls dans les rues de Vienne, La Havane ou Berlin peuvent désormais bénéficier de toute la puissance de feu amerlocaine pour s'en sortir... ou au contraire être trahis, puisqu'il est dit que l'omelette ne se fait jamais sans casser quelques œufs.

La première chose assez impressionnante dans Blackstone est la qualité de sa documentation, qui a permis à Richez de créer un conflit tout à fait crédible entre les deux grandes puissances. La tension en mer de Chine du Sud polarise sans doute moins l'attention mondiale que la crise coréenne habilement médiatisée, mais elle n'en demeure pas moins le lieu du bras de fer entre l'impérialisme hégémonique amerlocain et celui, supposé ascendant, de la Chine nouvelle, alimentée par les craintes des pays riverains dont la plupart sont proches de Washington. La menace d'invasion de Taïwan qui sert de prétexte aux faucons dans l'entourage d'Obama pour précipiter l'action est une vieille lune, l'île étant considérée comme séditieuse par le continent depuis 1949.

La précision de la documentation, notamment en ce qui concerne les armes, les classes d'engins, de navires, de munitions ou encore des organes disséqués lors d'une autopsie a par contre été une grande surprise pour le lecteur que je suis, exigeant sur la crédibilité de ce que l'on me donne à lire, mais quand même pas à ce point. Avec Blackstone, pas d'ellipse, pas de raccourci.

Les trois F-22 devraient d’abord échapper aux deux systèmes HQ-9 qui les prendraient sous leur feu à plus de cent huit miles de l’objectif. Ces missiles mer-air volaient à Mach 4,2 et seraient tirés du destroyer classe Lujang II, un destroyer chinois de type 052C doté d’une forme furtive et équipé d’un radar à quatre faces planes type 348 inspiré du SPY-1 et du système Aegis américain. Ce destroyer chinois comportait six lanceurs verticaux sextuples à l’avant du navire et deux autres à la poupe.

Je trouve souvent dans ce désir de perfection descriptive un ralentissement de tempo – voire parfois un étalage un peu gratuit de savoir(s) –, même si Richez les intègre parfaitement dans son propos. Cela tend à noyer des scènes plutôt réussies dans un luxe de détails, peut-être propre au genre, mais irritant de mon point de vue.

L'action de Blackstone est habilement répartie entre le terrain en Chine et les différents centres de décision amerlocains à Washington D.C. et à Langley. Les oppositions, les jeux de pouvoir, les chausse-trappes y sont cependant sans réelles surprises. La capacité de nuisance médiatique d'un Donald Trump est bien utilisée par Richez alors que l'arrivisme forcené de la sénatrice McGovern a été lu cent fois.

La réunion du Conseil de Sécurité Nationale qui va décider du sort du monde – ou au moins des haines et inimitiés liant les participants – est une scène d'une drôlerie terrifiante. Le Président est distrait, angoissé à l'idée d'affronter son épouse sur une question domestique tandis que le responsable Asie de la C.I.A. ne pense qu'au moment où il pourra sodomiser sa jeune maîtresse, tout en proposant un plan parfaitement délirant. Celui-ci sera adopté nonchalamment et sur un malentendu.

Sur le terrain, des hommes souffrent et meurent au nom de ce jeu dont les règles sont modifiées au bon vouloir de leurs maîtres. Blackstone alterne des scènes fortes, rapides, resserrées, intenses (les différentes phases de l'exfiltration du major Bennett sont excellentes, même si boursouflées – lois du genre – d'héroïsme bon marché) et d'autres, totalement inutiles ou délayées dans cette appétence pour le détail (l'autopsie, la découverte de l'appartement présumé du 207).

Ce sera d'ailleurs ma dernière remarque ; les personnages de Nina Rodriguez et d'un tueur en série, plus ou moins lié à l'attentat initial et à la taupe (car il y en a toujours une) qui semble sévir dans les rangs de la Centrale alourdissent considérablement le récit, ne faisant souvent que reprendre des choses vues et revues depuis vingt ans. L'extase chamanique suite à laquelle Rodriguez établit le profil de 207 en est l'illustration la plus marquante.

Blackstone n'est donc pas une mauvaise lecture, d'autant que Guillaume Richez soigne son écriture, mais qui sera d'abord appréciée par les amateurs du genre. La porte reste ouverte à une suite, de type revenge qui pourrait cependant être intéressante.

Chroniqué par Philippe Cottet le 26/03/2018



Illustration de cette page : Policier chinois – Membre des SEAL