Canari

C
Duane Swierczynski

Canari

États-Unis (2014) – Rivages (2017)

Titre original : Canary
Traduit par Sophie Aslanides

À Philadelphie, une jeune étudiante orpheline de mère se trouve entraînée dans les dangers et la noirceur du trafic de drogue pour les beaux yeux d'un de ses camarades de classe.

Fille d'un thérapeute spécialisé dans les addictions qui l'a pourtant mise en garde, la très sage Sarie Holland a perdu tout sens commun lors d'une soirée où elle a consommé une canette de bière, tiré une demie-taf d'un bang qui tournait et, surtout, fondu devant le sourire de D.

Celui-ci finance ses études en dealant sur le campus des substances et pilules qu'il se procure auprès de l'insaisissable Chuckie Morphine, que l'enquêteur Wilder cherche à identifier depuis des mois.

Ayant échoué à intercepter le garçon qui venait de se réapprovisionner, le policier se rabat sur Sarie, dans la voiture de laquelle il a trouvé une semaine de matos abandonnée par D. Il lui met alors le marché en main : il est prêt à passer l'éponge si elle devient son informatrice (son canari) en lui donnant le jeune dealer, ce qui lui permettra de remonter ensuite jusqu'à Morphine. Amoureuse, têtue et voulant à tout prix protéger le garçon, Sarie se prend au jeu, balade le policier et finit par entrer peu à peu dans son rôle.

Canari, malgré des passages extrêmement violents, est essentiellement une comédie (familiale ?) dans laquelle une innocente jeune fille affronte mille dangers avec un sang-froid, une légèreté et une intelligence des situations qui n'ont d'égal que la maladresse, la bêtise et la complaisance assez improbable des méchants à se faire attraper, duper ou tuer. L'intrigue peut, du même coup, être particulièrement retorse et les rebondissements surprenants puisque rien ne semble pouvoir atteindre notre héroïne (sans jeu de mots).

L'alternance rapide de points de vue à laquelle se livre Duane Swierczynski – qui nous fait passer en permanence du côté boyscout de Sarie (et de son petit frère Marty) au versant macabre du trafic de stupéfiants, très didactiquement exposé –, ne donne malheureusement pas un vrai rythme au roman, qui ne s'anime que dans son dernier quart. La relation unissant la jeune fille à sa mère morte où celle qu'elle construit finalement avec ce policier bourru sont intéressantes, mais ça ne fait pas la rue Michel.

Comme pourrait l'indiquer la dédicace à ses enfants, Canari ressemble à une histoire dont ils seraient les héros que leur raconterait leur père avant qu'ils s'endorment. Gentillet et décevant.

Chroniqué par Philippe Cottet le 21/05/2017



Illustration de cette page : Canari