Guerre sale

G
Dominique Sylvain

Guerre sale

France (2011) – Viviane Hamy (2011)


Le corps de Florian Vidal, un avocat proche du célèbre Richard Gratien, personnage incontournable de la Françafrique a été retrouvé attaché au plongeoir d'une piscine, carbonisé avec un pneu fondu autour du cou. Ce supplice – qui ressemble à celui dont fut victime le lieutenant Kidjo, l'un des adjoints de l'ex-commissaire Lola Jost – laisse penser à un assassinat politique. Existe-t-il un lien entre les deux meurtres ?

Un inconnu croisé sur les réseaux sociaux m'a vanté l'écriture de Dominique Sylvain, romancière ayant longtemps vécu au Japon et à la tête de trois séries à héros récurrents, dont celle de l'improbable duo composé de Lola Jost – commissaire à la retraite du 10e arrondissement de Paris, sorte de légende vivante de la maison Poulaga – et d'Ingrid Diesel, Amerlocaine trentenaire au français approximatif, masseuse le jour et danseuse exotique la nuit sous le nom de Gabriella Tiger. Ne voulant pas mourir idiot, je me suis dit « pourquoi pas ? ».

guerre sale de dominique sylvainGuerre sale est un roman de divertissement articulé sur deux pseudo-antinomies qui doivent valoir pour la totalité du cycle (il s'agit du cinquième tome). La première est une compétition entre des enquêteurs officiels et deux détectives dilettantes qui ne possèdent ni les mêmes moyens d'investigation ni la même façon d'aborder les affaires. Sans être d'une grande originalité, le dispositif permet d'éviter, par l'alternance des uns et des autres, un récit trop linéaire et monocorde.

La seconde réside dans le duo formé par une Lola autoritaire, grassouillette, négligée et alcoolique – une sorte de Bérurier au féminin, mais bon chic bon genre, car le lectorat visé ne supporterait sans doute pas une vraie vulgarité – opposée à une Ingrid trentenaire, coquette artiste aux goûts insolites, attentive à son physique du fait de son métier, aux fortes tendances hygiénistes et qui porte sur les Français et leurs drôles d'habitudes le regard naïf de l'étranger bienveillant.

De ce contraste maximal entre les deux amies naissent les respirations de Guerre sale et les situations dont mon interlocuteur me vantait l'humour. Je dois reconnaitre que le caractère systématique du procédé a rendu celui-ci rapidement inefficace, au moins dans mon cas, passées les trois ou quatre premières saillies de Lola et les deux premières catachrèses d'Ingrid.

Ajoutez à cela une famille élargie (psychiatre, bistrot, ancien adjoint de Lola fidèle comme un bon chien-chien à sa mémère, etc.) veillant sur elles dans un quartier de Paris (devenu bien malgré lui) cosy et chicos ainsi, évidemment, qu'une romance it's complicated entre le séduisant et parfait commandant Duguin et la belle effeuilleuse et vous tenez là un dispositif capable d'accoucher sans problèmes de vingt-cinq volumes assez similaires sans que le public ne se lasse vraiment.

guerre sale de dominique sylvainLa partie policière de Guerre sale est menée tambour battant, sur un fond de clichés d'affaires Clearstream et Françafrique qui assurent le décor, mais pas plus. Histoire d'une vengeance à la Monte-Cristo, contre un homme si puissant qu'il peut démettre des enquêteurs, manipuler des juges et faire assassiner des opposants sans être inquiété et qui pourtant voit son empire menacé par plus machiavélique que lui.

Les chaisières habituelles de la blogosphère polardière ont vu là des personnages très crédibles, mais il s'agit d'une comédie policière (même si les meurtres y sont nombreux, violents et sordides) où tout est à la fois propret, fantasmé et exagéré – la belle tueuse et son mutique majordome géant décrochant le pompon –, qui a besoin de pas mal de grosses ficelles pour arriver à bon port. Comme le rythme est soutenu, les narrations habilement croisées et, soyons clairs, la lecture sans véritable enjeu, cela passe à peu près bien. Après, soit vous devenez accro parce que vous adorez l'univers, soit vous estimez que tout ceci est un peu facile et téléphoné quand même.

C'est mon cas et si je ne regrette pas la lecture plutôt divertissante de Guerre sale – Dominique Sylvain possède un évident savoir-faire –, son double cliffhanger n'est pas suffisant pour me convaincre de consacrer à l'univers de Lola Jost et Ingrid Diesel plus de temps et d'attention.

Chroniqué par Philippe Cottet le 09/08/2014



Illustration de cette page : Canal Saint-Martin

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Laughing stock de Talk Talk (1991 - Verve)