La mort à marée basse

L
Pieter Aspe

La mort à marée basse

Belgique (2000) – Albin Michel (2010)

Titre original : Dood tij

Une jeune fille de bonne famille déclare avoir été violée avant d'être emmenée loin de la police par son notable de père. Dans le même temps, un cadavre est découvert, noyé dans d'étranges conditions, sur la plage de Zeebrugge. Pour le commissaire Van In, les deux affaires sont liées.

Si je vous dis : flic alcoolique, porté sur le sexe, en opposition permanente avec sa hiérarchie, peu soucieux des méthodes de travail traditionnelles de la police, tous ces défauts étant tempérés par un adjoint sobre, les deux pieds sur terre, prêt quant à lui à se coltiner la partie ingrate du boulot ? Si j'ajoute que leurs aventures se passent dans une ville très touristique et chargée d'histoire, vous auriez cent fois raison de me répondre... l'inspecteur Morse, le très humoristique et réussi enquêteur d'Oxford imaginé par Colin Dexter. Sauf que nous sommes ici en Flandre occidentale, dans la très belle cité de Bruges, que le flic est flamand, répond au nom de Van In et n'est pas vraiment drôle.

beffroiUn de mes honorables correspondants m'avait encouragé récemment à lire ces enquêtes – ce que je n'avais pas eu le temps de faire encore – avant de se raviser à mesure qu'il prenait connaissance des autres romans d'Aspe. Je fais donc le chemin à l'envers, commençant par cette Mort à marée basse qui est son dernier roman traduit en français et qui mêle tout à la fois trafics et contrefaçons, réseaux pornographiques et soirées SM, grands mensonges et petites cachotteries... Tout cela est mené au pas de charge par le trio formé par le commissaire Van In, celle qui est devenue la mère de ses enfants – la juge d'instruction Hannelaure Martens –, et l'inspecteur Guido Versavel, compagnon fidèle du grand flic alcoolique et homosexuel discret.

Ce trio n'est évidemment pas antipathique même si les débordements et déboires conjuguaux du couple Van In prennent pas mal de place. Mettant en scène la crapulerie habilement dissimulée de certains notables brugeois, l'histoire est assez convenue, comportant raccourcis et coïncidences (celles auxquelles ne croient pas le commissaire) pour être bouclée dans les temps, mais elle permet parfois à Aspe de laisser entrevoir – en mal – ce qu'il pense de la Belgique et de ses compatriotes. Cela reste cependant un bruit de fond, l'auteur faisant plutôt le pari du divertissement policier. Je ne peux évidemment pas lui reprocher cette option, sauf que son roman donne le sentiment d'avoir été bâclé, la vitesse n'étant pas seulement celle de l'enquête mais d'abord celle de l'écriture [1]. Aspe reste à la surface des choses et des personnages, dosant plutôt à la louche le suspense, l'émotion, l'érotisme et les attributs constitutifs de son héros, selon une recette qui ne doit pas, à mon sens, changer beaucoup d'un opus à l'autre. La scène finale le mettant aux prises avec l'avocat est très significative de cette volonté de créer gratuitement cette émotion parce qu'elle vient de nulle part (rien ne justifie le comportement du juriste) et qu'elle permet un morceau de bravoure à bon compte.

Se terminant sur une note ambiguë de justice privée, La mort à marée basse est tout à fait dispensable, sauf si vous aimez ce qui se lit vite et ne laisse aucune trace mémorable.

Chroniqué par Philippe Cottet le 06/11/2010



Notes :

[1] 24 romans en quatorze années d'écriture, cela peut nettement influer sur la qualité de ce que vous écrivez.

Illustration de cette page : Le beffroi de l'Hôtel de ville de Bruges