La ville des serpents d'eau

L
Brigitte Aubert

La ville des serpents d'eau

France (2012) – Seuil (2012)


Dans une petite ville qui connut, 13 ans plus tôt, plusieurs assassinats d'enfants, une adolescente, séquestrée par le tueur dans une cellule au sous-sol d'une maison depuis cette époque, parvient à faire sortir la fillette de cinq ans qu'elle a eu avec son kidnappeur, afin qu'elle puisse aller chercher du secours. Mais voilà, la petite est muette et ne connait le monde du dehors qu'à travers ses lectures.

Fortement inspirée par une actualité récente (la séquestration durant des années, dans la cave de la maison familiale, d'une adolescente devenue femme et mère) et par une thématique terriblement en vogue dans le thriller (la pédophilie meurtrière), à laquelle il faut ajouter la rédemption d'un ancien flic alcoolique viré du NYPD pour avoir abattu une innocente, La ville des serpents d'eau ne se présentait pas, à mes yeux, sous un jour très attrayant.

Brigitte Aubert réussit à construire un bon suspense autour de l'évasion de la fillette, d'abord grâce au handicap dont elle l'a dotée et qui, conjugué à cette vision du monde tronquée qui est la sienne (d'un côté la violence, l'humiliation, la soumission que Daddy exige d'elles, de l'autre ce qu'elle a appris de l'extérieur dans les livres) rend très délicat le succès de sa mission : porter le message rédigé par sa mère à quelqu'un qui pourra les aider.

Inspiré du Lennie de Des souris et des hommes, Black Dog est la première personne qu'elle rencontre, dans cette nuit froide juste avant Noël. Elle va immédiatement et naïvement lui faire une entière confiance. Géant noir légèrement débile et clodo totalement en marge, le vieil homme est illettré et ne peut échanger avec elle. Mais il comprend instinctivement qu'il lui faut la protéger, même en tuant. Du coup, les voilà pourchassés par une meute de bons citoyens, parmi lesquels se cache évidemment Daddy, décidé à éliminer sa progéniture afin de préserver son secret. L'errance du duo est excellente, l'incertitude sur l'identité de Daddy parfaitement tenue jusqu'à la fin.

Malheureusement, pour faire durer le suspense sur 250 pages, La ville des serpents d'eau s'encombre de personnages et de situations parfaitement inutiles. Je comprends bien que pour permettre au lecteur de soupçonner successivement tous les protagonistes, il soit nécessaire de développer un tant soit peu ce qu'ils sont. Ou plutôt qui sont leurs femmes, puisque c'est par ce biais que Brigitte Aubert aborde le sujet. Mais ses considérations sur la classe moyenne américaine (alcoolisme, nymphomanie, dépendance à l'argent du mari, etc.) sont paresseuses et stéréotypées, comme un épisode de Desperate Housewives (cité à plusieurs reprises). Le personnage de l'ancien rappeur Snake T. est ridicule et sa présence ne se justifie éventuellement que pour le final, mélo à souhait. L'histoire de Vince ou celle de Laura, abondamment développées tout en ne disant des caractères que des choses tout à fait insignifiantes au regard de l'histoire, apparaissent comme du remplissage.

La ville des serpents d'eau dispose d'une belle ossature, mais de pas mal de mauvaise graisse. Dommage. (en librairie le 13 septembre 2012)

Chroniqué par Philippe Cottet le 09/09/2012



Illustration de cette page : Indien Séminole

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : 8.0 de Pierre Henry (Philips - 2007)