Main basse sur l'Occident

M
Bernard Besson

Main basse sur l'Occident

France (2010) – Odile Jacob (2010)


Alors que la crise économique pousse les démocraties occidentales à des mesures extrêmes, leurs créanciers, manipulés par une énigmatique organisation chinoise, tentent d'imposer un changement politique radical pour réorganiser le monde en leur faveur. C'est sans compter sur le courage et l'intelligence de quelques membres des services secrets français et d'un transfuge chinois.

La couverture est assez indicative de ce que l'on va trouver dans cette Main basse sur l'Occident. La blonde Europe, douce et l'œil soumis face à l'Asiate brune, agressive et au regard torve. Nous ne sommes pas loin des représentations fantasmatiques du Péril jaune tel que l'envisageait Sax Rohmer et son Fu Manchu, sans l'entière dimension raciste que celui-ci donnait à ses écrits.

Chez Besson, le Jaune est également fourbe, manipulateur et sans pitié, mais il est d'abord esthète et francophile, esthète parce que francophile devrais-je même dire. L'invalide Lu Mei, patronne du fond souverain chinois et de facto personne la plus puissante au monde souhaite laver une fois pour toutes les humiliations passées en faisant rendre gorge à l'Occident. Non contents de la prééminence économique qu'ils possèdent désormais, les fonds souverains de Chine, de Russie et des puissances pétrolières complotent au basculement de l'épicentre du pouvoir politique mondial vers Beijing.

Seulement voilà, de courageux Gaulois ne l'entendent pas de cette oreille et résistent encore et toujours à l'envahisseur. Ils n'ont pas de potion magique, mais une héroïne jeune, belle, intelligente. Une artiste devant qui, à en croire l'auteur, le monde entier se pâme et, en premier lieu, la vilaine Lu Mei, follement amoureuse d'elle.

Notre apprentie agent secret ravira le très grand public à qui est destinée cette histoire. Clara, élégance parisienne personnifiée, fait partie de ces beautiful people qui font rêver la ménagère. Quand elle tue, c'est en Chanel, quand elle déjeune c'est au Crillon, quand elle baise, c'est avec un superbe photographe suédois blond et musclé qui a le don de la rendre très polissonne. D'ailleurs, alors que Paris brûle littéralement autour d'eux, elle n'aura de cesse – au pied de la Tour Eiffel... – de lui reprocher de l'avoir laissé en plan à Beijing. Tueuse (pour la Patrie !) et midinette, air connu...

La prise de contrôle de l'Occident par ses créanciers, la duplicité du personnel politique maintes fois évoquée auraient pu donner un récit de politique-fiction passionnant, mais Bernard Besson a préféré faire de Main basse sur l'Occident un roman d'espionnage au style passe-partout, bourré de clichés et de bon sens paysan (ah ! ces proverbes que le monde entier nous envie ! ).

Son savoir sur le milieu policier et celui du renseignement, leurs pratiques, leurs gadgets, les agents doubles et les traîtres occupe tous les espaces de sa tortueuse intrigue. S'agissant de cette dernière, Clara y perd même son latin, déclarant peu avant la fin, que « tout ceci n'a ni queue ni tête » et on ne peut qu'approuver. Tout cela n'est que bruit, agitation vaine, car nous comprenons, dès les premières pages de Main basse sur l'Occident, que rien de néfaste ne pourra arriver à l'héroïne et à sa mission. Le lectorat visé ne l'accepterait pas.

Du coup, il n'y aucune tension dans l'écriture ou dans l'histoire. Les ambiguïtés sont totalement factices et ce n'est pas de savoir qui est 611, le haut personnage des services secrets travaillant pour Lu Mei, qui peut servir de suspense (l'attentat contre les Présidents n'en est pas un, évidemment). Le rôle central attribué à la France dans la sauvegarde du Monde libre, l'admiration déclarée à certaines de ses entreprises et à son savoir-faire achèvent de donner un côté bien d'cheu nous, astérixien pourrait-on dire, à Main basse sur l'Occident. Roman que j'ai trouvé, pour ma part, tout à fait besogneux, mais qui ferait un excellent script pour un téléfilm sur TF1.

Chroniqué par Philippe Cottet le 06/03/2010



Illustrations de cette page : Affiches de films consacrés à Fu Manchu avec Christopher Lee dans le rôle titre

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Les Mélodies avec orchestre, de Shosta, dirigées par Järvil sur une galette DG de 1994.