Meurtres rituels à Imbaba

M
Parker Bilal

Meurtres rituels à Imbaba

Soudan (2013) – Seuil (2015)

Titre original : Dogstar Rising
Traduit de l'anglais par Gérard de Chergé

Makana enquête sur une mystérieuse lettre anonyme reçue par le patron d'une agence de voyages, alors que des meurtres d'enfants des rues secouent Le Caire et qu'une nouvelle vague de violence confessionnelle menace la communauté copte.

On retrouve dans Meurtres rituels à Imbaba, second récit du cycle consacré aux enquêtes de Makana, le détective soudanais exilé au Caire, les mêmes ingrédients que dans le roman inaugural et donc un identique plaisir de lecture.

Parker Bilal continue de dresser ici un portrait sans complaisance de l'Égypte, plongeant cette fois dans les relations ambiguës et complices qu'entretiennent le pouvoir militaire et les islamistes, et la fâcheuse tendance qu'ont ces derniers à organiser régulièrement des pogroms contre la minorité copte. L'action de Meurtres rituels à Imbaba se situe un peu plus d'un an après le massacre d'Al Kosheh, où vingt-et-une personnes, dont quatre enfants, furent tuées au cours d'émeutes sectaires.

L'occasion aussi de revenir sur ces centaines de milliers de gamins qui peuplent les rues [1] et dont personne ne se soucie sauf lorsque leur mort offre un bon prétexte pour s'en prendre à son voisin. À ce titre, la minorité chrétienne d'Égypte subit de la part des islamistes ce que la majorité chrétienne de Russie et de Pologne fit longtemps subir aux minorités juives : le soupçon de rituels impurs durant lesquels seraient assassinés des enfants et qui justifieraient l'éradication de l'autre. Vieille antienne.

Engagé pour une enquête semblant sans importance, Makana va rencontrer Meera, une Copte mariée à un universitaire musulman, révoqué et ostracisé pour des opinions jugées subversives. Celle-ci semble avoir trouvé la preuve d'une collusion entre militaires et prédicateurs islamistes pour piller le pays, par l'intermédiaire d'une banque abritant aussi l'argent du Milieu et dont la piété n'est qu'une façade. Meera espère qu'en dénonçant l'hypocrisie des barbus, elle permettra à son époux de retrouver travail et dignité.

La mort de la jeune femme dans les bras du détective va mettre en branle tout l'appareil d'État, faisant entrer dans la danse les services secrets, au moment même où le passé de Makana le rattrape en la personne de son compatriote Damazeen, artiste imposteur, défenseur inconditionnel du régime de Khartoum et trafiquant d'armes international à l'occasion.

Parker Bilal a vraiment le chic pour brasser récit d'aventures et enquête criminelle. Aidée par le côté immédiatement exotique et dépaysant de la ville du Caire – dont il saisit parfaitement l'atmosphère –, la machine romanesque des Meurtres rituels à Imbaba tourne à plein régime. C'est plaisant, enlevé et mouvementé à souhait, tout en ne refusant jamais d'aborder la complexité politique du pays.

Autour de Makana se constitue une petite bande de personnages pittoresques ayant vocation à la récurrence : Aswani le généreux restaurateur, Sami le journaliste soucieux de vérité et son épouse Rania, Sindbad le géant conducteur de taxi, ou Yunis le faussaire. Divertissant et intelligent.

Chroniqué par Philippe Cottet le 21/02/2016



Notes :

[1] Selon l'Unicef, entre 500 000 et 2 000 000 d'orphelins en Égypte. La précarité des familles, le refus de l'avortement, les relations sexuelles illégitimes expliquent ce nombre.

Illustrations de cette page :
Gamins des rues au Caire – Moine copte