Heureux au jeu

H
Lawrence Block

Heureux au jeu

États-Unis (1964) – Seuil (2009)


Ancien illusionniste dans des cabarets minables, Bill Maynard est devenu tricheur professionnel, vivant toujours dans l'urgence d'un départ. Cette fois-ci, il a été expulsé manu militari, incisives cassées et pouce tordu, par les truands de Chicago qu'il entôlait. Le voici bloqué dans cette nouvelle ville, à se faire réparer les dents et à sympathiser avec des notables.

Je n'avais pas lu du Lawrence Block depuis de très nombreuses années. Auteur solide, prolixe, efficace mais qui ne m'offrait alors plus guère de surprises, il appartenait à mon lointain passé de lecteur de polars sur lequel je n'avais plus forcément le temps, ni l'envie, de me retourner.

Heureux au jeu, édité récemment au Seuil, est un court roman de 1964, parmi les premiers écrits de l'auteur. Partant d'une des situations les plus archétypiques du roman noir – un homme riche, son épouse plus jeune de 20 ans, un amant – il pose évidemment la question habituelle : comment s'en débarrasser ? On sait - peut-être, hélas !, de moins en moins – que James M. Cain écrivit sur ce thème parmi les plus belles et les plus subversives pages du roman noir, gonflées de désir, de sexe et de mort.

Ce n'est sans doute pas l'ambition du jeune auteur qu'est alors Lawrence Block qui développe classiquement le récit de l'arnaque mise au point par les amants, puisque le meurtre est exclus pour pouvoir récolter le magot. Mais il amorce, en même temps, la curieuse évolution psychologique de son héros et Heureux au jeu prend bientôt la forme d'un questionnement moral : jusqu'où peut-on tricher avec les autres mais, surtout, avec soi-même ? Toute l'intelligence de Block est de faire passer cette question, tel le mistigri, dans la conscience et les actes de chacun de ses personnages, entrainant une succession de savoureux renversements dans l'intrigue jusqu'au final, très moral.

Bien écrit, agréable et rapide à lire, Heureux au jeu est une curiosité intéressante mais mineure.

Chroniqué par Philippe Cottet le 18/04/2009



Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Madame Butterfly de Giacomo Puccini, version Callas et Serafini, Scala de Milan de 1955. Galette Naxos de 2007.