Ci-gît mon frère

C
Gérard Bon

Ci-gît mon frère

France (2012) – La manufacture de livres (2012)


Dans un pays latin déchiré par une guerre civile incessante, Léo Garcia cherche à retrouver les restes de son frère Federico, un poète homosexuel rebelle exécuté par les anciens maîtres du pays.

À mes yeux, le principal problème de Ci-gît mon frère est d'avoir confié la narration à un avocat velléitaire, jamais vraiment engagé dans l'action passée ou présente et qui se contente de rapporter l'écume factuelle des événements. Il est l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours et tout ce qu'il nous raconte – y compris ses souvenirs contre le régime militaire – est ou semble de seconde main.

J'ai rapidement interprété ceci comme une facilité de construction permettant à l'auteur d'éviter de faire acte d'écriture. Car, par ce biais, il devient inutile d'entrer dans les détails, comme traquer les motivations profondes de la quête de Léo et ses retournements. Il suffit de mentionner qu'ils sont advenus et le tour est joué, avec pour résultante le caractère ectoplasmique de ce personnage. Cette abstention, pour ne pas dire cette paresse, contamine l'ensemble du récit. Qui était et que représentait Federico Garcia ? Gérard Bon évoque bien l'existence en rupture de son poète, son homosexualité et les réserves, voire l'hostilité que son mode de vie suscitait, tant à gauche qu'à droite, mais ceci reste très schématique et totalement accessoire, ne dépassant pas en intérêt la notice de la Wikipedia consacrée au vrai Federico Garcia (Lorca), dont le personnage du roman est la copie conforme. Difficile alors de croire un seul instant à l'importance, artistique, politique ou symbolique, de ce dernier.

Il en est de même du dramaturge Gari, l'autre grande figure du récit qui aurait pu devenir l'incarnation de l'intellectuel accommodant, voire dévoyé par son ambition et par ses compromissions avec le pouvoir. Ce que l'auteur nous dit de lui remplirait le recto d'une fiche cartonnée et est tout à fait caricatural, tout comme l'est l'atmosphère politique du pays en ces temps troublés, qui n'est qu'une collection de poncifs (les militaires ce n'était pas bien, mais les marxistes n'ont pas tenu leurs promesses non plus et regardez cette vilaine police politique qui prend toute la place). Les interactions entre les personnages étant, dès lors, d'une indigence abyssale et le style de Gérard Bon pas vraiment lumineux, je n'ai nulle part pu trouver pitance.

Ce que nous raconte l'avocat – médiocre passeur de cette réalité rapportée – écrase les perspectives, rabote la profondeur, ramène l'ensemble au niveau de ses problèmes domestiques. Je n'ai jamais su de quoi parlait vraiment ce livre et quel en était son centre, à défaut d'intérêt.

Des amis blogueurs ayant marqué leur enthousiasme à la lecture de Ci-gît mon frère, j'attends donc avec impatience leurs chroniques pour tenter de comprendre à côté de quoi je suis, cette fois-ci, passé.

Chroniqué par Philippe Cottet le 19/02/2012



Illustration de cette page : Dictateur latino-américain

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Toujours les Streichquartette d'Arnold Schönberg (Aron Quartett - Preiser Records)