Pyromane

P
Wojciech Chmielarz

Pyromane

Pologne (2012) – Agullo (2017)

Titre original : Podpalacz
Traduction du polonais par Erik Veaux

Un incendie ravage une maison dans le quartier d'Ursynow à Varsovie, tuant le propriétaire tandis que son épouse, gravement brûlée, réussit à s'enfuir en sautant d'une fenêtre à l'étage. Chargés de l'enquête, l'inspecteur Mortka, dit le Kub, et son adjoint Kochan se lancent sur la piste d'un mystérieux pyromane en série, qui signe ses crimes par l'utilisation d'un cocktail Molotov.

Pyromane est un roman d'enquête très classique, qui ne prend réellement sa saveur que dans son dénouement parfaitement tordu où une certaine idée de la justice s'impose. Entre temps, Wojciech Chmielarz nous invite à suivre un policier d'un modèle plutôt connu, dans une Varsovie pétrifiée par l'hiver.

Rétif à l'autorité – ou peut-être à la connerie humaine ? –, Jakub Mortka est un flic sans humour et toujours de mauvaise humeur. Récemment divorcé – parce que son travail passe avant toute chose –, il mange mal, vit dans un appartement avec des colocataires étudiants qui font la java pratiquement toutes les nuits et laissent un bordel sans nom dans les pièces communes, accentuant encore la rogne qu'il semble avoir à l'égard de tout l'univers. Agressif avec ses collègues, il reste le préféré du directeur adjoint Andrzejewski, pour ses résultats et son franc-parler.

L'enquête pour retrouver l'incendiaire est longue et fastidieuse, ce qui permet à Chmielarz de nous donner un aperçu plutôt brut, et sans doute réaliste, de la Pologne. On croise dans Pyromane des hommes furieux et alcooliques qui enferment leur femme dans des cagibis ou les battent comme plâtre parce qu'ils ont raté quelque chose dans leur vie. D'insolentes richesses côtoient une pauvreté claquemurée dans des barres HLM sinistres ou dans des villages perdus loin des centres urbains, à qui l'on continue de vendre des rêves de pacotille. Ici aussi, une pègre insaisissable gangrène le moindre étage de la société.

Même si le final est étonnant, beaucoup de choses sont cependant bien trop convenues dans ce Pyromane. Loin de l'humour et de l'ambiguïté dont faisait preuve Zygmunt Miloszewski pour nous parler de son pays [1], Wojciech Chmielarz produit ici un polar appliqué, mais qui ne sort malheureusement pas de l'ordinaire.

Chroniqué par Philippe Cottet le 16/05/2017



illustration de cette page : Incendie

Notes :

[1] Trilogie Teodore Szacki. Voir sur Le Vent Sombre, Un fond de vérité et La rage