Le dernier message de Sandrine Madison

L
Thomas H. Cook

Le dernier message de Sandrine Madison

États-Unis (2013) – Seuil (2014)

Titre original : Sandrine’s Case
Traduction de Philippe Loubat-Delranc

Le décès de Sandrine Allegra Madison, professeur d'histoire à l'Université de Coburn, Géorgie, présenté comme un suicide par son mari Sam, enseignant au même endroit en littérature anglaise et américaine, semble suspect à la police et à la justice. Son procès pour meurtre s'ouvre enfin, après sa mise au ban de la petite ville.

Avec son temps inscrit dans les dix jours du procès, ses appels de témoins à la barre, les attaques sournoises du procureur et la défense rusée de l'avocat Mordecai “ Morty ” Salberg, Le dernier message de Sandrine Madison a tout du thriller judiciaire, du roman de prétoire.

Dès les premiers instants pourtant, les très longs moments introspectifs de l'accusé nous indiquent que si Thomas H. Cook entend bien nous parler de culpabilité, ce sera plus celle ressentie et acceptée in fine par Sam Madison que celle prononcée par un jury. Détestait-il son épouse – comme le laissait supposer la première, ultime et unique violente dispute du couple, quand Sandrine le qualifia de sociopathe –, au point de commettre l'irréparable ? Le haïssait-elle autant que cela pour tenter de le piéger dans un suicide auquel elle aurait réussi à donner toutes les apparences d'un meurtre ?

Qui était Sandrine, au-delà de cette jolie, brillante et intelligente jeune femme issue de la bonne société qui l'avait choisi, l'étudiant besogneux et un peu gauche, parce qu'elle avait deviné en lui « un homme bon » ? Qu'en était-il de cette existence pleine et entière qu'ils avaient vue s'ouvrir à l'issue de leur voyage de noces autour de la Méditerranée, dans cette ville d'Albi dont le nom sonnait de nouveau entre eux, mais désormais comme un reproche ? Tout s'était-il dilué dans ces vingt années ordinaires et maussades, leur installation à Coburn, leur embauche à l'Université, la naissance de leur fille, la liaison misérable entamée pour se rassurer face à la maladie dégénérative de l'épouse, et tous ces instants perdus dès lors qu'il est trop tard ?

Le dernier message de Sandrine Madison oblige un homme à se pencher sur son couple, avec une douce violence qui était sans doute le seul moyen pour qu'il accepte de mettre en cause sa lâcheté, sa condescendance, sa paresse existentielle et échapper ainsi à son châtiment : être sans elle, sans l'élan qui l'animait encore lors de la mise en scène de sa mort, pour toujours coupable de n'avoir pas vécu.

On l'a compris, Thomas H. Cook nous parle de rédemption, de fidélité à l'autre et à soi. Sous la lente et changeante interrogation qui se superpose aux témoignages, dans les gestes derniers de la disparue, dans le regret ultime de Sam, c'est surtout à une pure et grande histoire d'amour que nous convie Le dernier message de Sandrine Madison.

Chroniqué par Philippe Cottet le 29/03/2014



Illustrations de cette page : Le repos

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Stabat Mater de Karol Szymanowski, Orchestre et Chœur Philarmoniques de Pologne (1988 - Naxos) – The phosphorescent rat de Hot Tuna (1973 - RCA) – Burgers de Hot Tuna (1972 - RCA)