Elvis et la vertu

E
Frantz Delplanque

Elvis et la vertu

France (2012) – Seuil (2012)


Il sera dit que la retraite de Jon Ayaramandi ne pourra être de tout repos. À peine refroidies les cendres de son vieil ennemi Burger que l'une des chanteuses du groupe rock de son pote et ancien chauffeur Valentin lui est livrée directement sur le pas de sa porte. Ou plutôt tombée du ciel sur la tête de son exécrable voisin, ce qui est une mince consolation...

Je ne m'attendais pas à retrouver un jour Jon Ayaramandi et sa famille élargie, considérant l'histoire narrée dans Du son sur les murs comme achevée et suffisante.

Elvis et la vertu inscrit donc le tueur basque dans un dispositif récurrent, ce qui change en partie la donne. Le monde quelque peu déjanté dans lequel évolue Jon perd de sa singularité, au profit d'un affrontement avec des adversaires dont la cruauté et l'absence de scrupules doivent être à la hauteur de ses possibilités meurtrières, qui sont infinies.

Elvis et la vertu est en fait une enquête policière dont se charge un assassin, ce qui fait que rien n'empêche ici et de chaque côté un déballage exponentiel de sadisme et de violence. Bien sûr, Frantz Delplanque choisit judicieusement ses méchants, de vieux réacs religieux se croyant investis d'une mission sacrée et jouant aux petits Torquemada, ce qui ne peut qu'emporter l'adhésion assez facile de son public. Comme il mène tambour battant la double traque tout en conservant un ton résolument humoristique, on s'amuse beaucoup une grande partie de la lecture. Ayaramandi doit juste se révéler plus intraitable et malin que ses adversaires et, toujours insoupçonnable (?), devenir juge et bourreau.

Cela reste donc du vigilantisme et la polarisation Bien (relatif)-Mal qu'induit le genre consacre un certain appauvrissement romanesque de l'univers de Jon, au bénéfice d'une action survitaminée – de ce côté, le lecteur est servi – puisque les opposants ne connaissent aucune limite (séquestrations, exécutions sommaires, tortures, etc.).

Or, il y avait dans le livre inaugural quelque chose de poétique et de décalé qui accompagnait l'installation des différents personnages et qui est absent ici. Al, Perle, Luna, Jean-Claude ne sont plus désormais que des ombres, les gitans des supplétifs tandis qu'Ayaramandi, sa démesure et les tueurs qui leur font face occupent tout l'espace. Pas plus le nouveau personnage de Mylène – coiffeuse délurée au rôle finalement très convenu – que celui de Frida –  quelconque, sauf dans le regard moral qu'elle jette, un temps seulement, sur les actes du Basque  – n'atténuent ce sentiment de déjà lu.

Elvis et la vertu est un roman à la violence banalisée, souvent drôle, parfois brillant, mais je ne peux m'empêcher de penser que tout ceci, prise de risque minimale du romancier, est plutôt vain [1].

Chroniqué par Philippe Cottet le 27/01/2013



Notes :

[1] Même les références musicales qui font de Jon Ayaramandi un juke-box vivant m'ont semblé tenir désormais du procédé. Comme elles ne sont que faiblement contextualisées, si vous ne connaissez pas ces chansons, leur mention ne vous sert à rien.

Illustration de cette page : Vautour-fauve

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Œuvres pour piano de Georges Enesco, Cristian Petrescu (piano) (Musidisc - 2004) – First take d'Archie Shepp et Siegfried Kessler (Archiebal - 2003)