Le Domaine

L
Nelson DeMille

Le Domaine

États-Unis (2009) – Michel Lafon (2010)


Traduction de Bernard Ferry

Dix ans ont passé depuis que Susan, héritière des Stanhope, a tué Frank Bellarosa, son voisin et amant. Son ex-mari, John, est de retour à Long Island pour les funérailles d'une ancienne domestique. Il est contacté par le fils de Bellarosa - dont il était le conseiller juridique –, qui semble marcher dans les traces de son père, c'est-à-dire celles de capo di tutti capi et réclame maintenant vengeance.

Prolongement d'un livre que je n'ai pas lu (The Gold Coast, traduit en 1990 chez Pocket sous le titre Le voisin) Le Domaine est un pavé estival présenté comme un thriller par son éditeur Lafon.

C'est, en fait, une chronique de mœurs, doublée d'une histoire d'amour, qui ne doivent l'une et l'autre leur intérêt qu'à la personnalité du narrateur, John Whitman Sutter. Celui-ci, « aristocrate » de la côte Est, jette sur ce monde post 11 septembre et sur les nouveaux riches qui l'entourent un regard suffisant, cynique et sarcastique, qui permet à Nelson DeMille de ciseler des saillies réellement très drôles.

Malheureusement, l'histoire en arrière-plan étant des plus insipides – sauf si l'on aime contempler la vie alcoolisée des parasites sociaux que sont tous ces héritiers –, tout ceci devient très vite sinistrement répétitif. Avec Le domaine, on est loin de la puissance satirique d'un Evelyn Waugh, qui savait parfaitement mêler à sa critique acerbe des milieux aristocratiques le constat doux-amer de l'effondrement d'une époque. En plus d'écrire une langue subtile, ce qui n'est pas le souci de DeMille.

Le Domaine est amusant – moins qu'un bon Westlake cependant –, résolument trop long et globalement inutile.

Chroniqué par Philippe Cottet le 07/06/2010



Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Oeuvre pour violon de Bela Bartok (Peter Csaba et Peter Frankl) chez Harmonia Mundi.