L'athlète

L
Knut Faldbakken

L'athlète

Norvège (2004) – Seuil (2009)


Traduction d'Alex Fouillet

Un fringant septuagénaire est retrouvé mort dans le local du 3e age de la ville d'Hamar, le lendemain de la fête nationale. Le décès semble naturel, mais deux choses attirent l'attention d'une jeune policière : on a rhabillé le défunt pour (mal) dissimuler qu'il avait eu des rapports sexuels cette nuit-là et son gilet tout neuf a disparu. Poussant un peu leurs investigations, les enquêteurs constatent que l'homme portait une fausse identité.

Ce n'est pas pour la précision de l'enquête qu'il faut lire L'athlète, mais pour le portrait assez drôle et parfois cruel que fait Knut Faldbakken du troisième âge dans une petite ville de la province norvégienne, terre natale de la soprano Kirsten Flagstad. Cette très grande interprète wagnérienne cautionna, par son retour en Norvège durant la Seconde Guerre mondiale, la politique de collaboration avec l'occupant nazi&nbsp ; [1].

Tous les protagonistes non policiers du roman sont le fruit de cette histoire passée, à des degrés divers. En attendant d'y trouver la clé des trois crimes qui vont successivement troubler la quiétude des retraités de la ville d'Hamar, l'auteur s'amuse à tracer la montée libidineuse chez ses deux personnages principaux, alors que le printemps s'empare de la Norvège.

Chez Élise tout d'abord, vieille fille malade des nerfs, affolée par les bouffées de désir de la ménopause, entretenant avec l'image du Christ (l'Athlète !) qui domine sa couche une relation quasi charnelle dévorante et tout à fait obsessionnelle, et avec les messieurs qui passent dans sa ligne de mire le fantasme permanent d'en satisfaire l'urgence. Chez son enquêteur ensuite : veuf inconsolable, l'inspecteur principal Valmann renait lui aussi à la vie, à l'amour et au désir au contact d'une jeune policière, belle, intelligente et sûre d'elle, de quinze ans sa cadette. On pourrait d'ailleurs y ajouter la quinquagénaire Édith, troublante faible d'esprit qui affirme, comme Élise, que le défunt était son fiancé. Toute cette activité sexuelle débridée, réelle ou imaginaire, alimente bien entendu les cancans, jalousies, moqueries, rivalités, dans une population qui n'a pas grand-chose à faire d'autre que parler, mais qui sait se taire devant l'autorité.

Les pages qui livrent le fin mot sur les crimes sont beaucoup plus sombres et la comédie érotique du troisième âge devient un drame humain profondément noir et complexe, comme seule la folie des hommes peut en produire. Après ses compatriotes Gunnar Staalesen (La nuit, tous les loups sont gris), Jo Nesbø (Rouge-Gorge et Kjell Ola Dahl (L'homme dans la vitrine), Knut Faldbaaken revient, à sa façon, sur ce passé nazi de l'histoire norvégienne, en montrant aussi la permanence, rappelant quelque part que le ver est toujours dans le fruit.

Chroniqué par Philippe Cottet le 07/11/2010



Notes :

[1] Elle fut mise à l'index par la communauté musicale internationale. Son mari fut poursuivi, à la Libération, pour s'être enrichi en travaillant avec l'occupant nazi.

Illustrations de cette page : Kirsten Flagstad dans Die Walküre de Richard Wagner

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Die Walküre acte III, de Richard Wagner, version Solti chez Decca, l'immense Birgit Nilsson est Brünnhilde.