La vérité du petit juge

L
Mimmo Gangemi

La vérité du petit juge

Italie (2007) – Seuil (2017)

Titre original : La verità del gludice
Traduction de l'italien par Christophe Mileschi

Un tueur anonyme exécute d'une façon particulièrement barbare l'héritier de la 'Ndrina locale, celle des Morello, puis vient narguer le procureur Lenzi.

Sarcastique morceau de vie provinciale avant d'être récit criminel, La vérité du petit juge est dans le droit fil de ce qui a fait l'intérêt des deux premiers romans de la série.

On y retrouve donc Alberto Lenzi, procureur paresseux et fataliste, plus intéressé par les femmes que par son métier et don Mico Rota, le vieux chef 'ndranghetiste adepte de la diplomatie et de la métaphore énigmatique que le magistrat vient consulter comme un oracle.

La personnalité de la victime fait craindre le début ou la reprise d'une vendetta, avec son cycle infernal de violences toujours mauvais pour le business. Comme d'habitude, la Loi estime et espère que l'onorata società fera elle-même le ménage pour restaurer son honneur et s'apprête donc à compter les points. Avec bientôt un deuxième meurtre tout aussi obscène et apparemment sans aucun rapport, l'affaire se révèle plus compliquée et ne livrera mobile et identité du tueur que dans les dernières pages de La vérité du petit juge.

En attendant, Gangemi tourne autour du personnage de Lenzi en pleine tourmente sentimentale, la queue – et peut-être le cœur – partagée entre trois femmes : Marina, l'adjudante des carabiniers conquise dans La revanche du petit juge, Laura, une avocate qui se refuse à lui pour peut-être mieux l'amener devant l'autel et Sara, jeune veuve au goût de fruit défendu. Il n'oublie pas de nous faire passer par le cercle des officiers, ce club pour hommes loin d'être des gentlemen où le fiel, la mesquinerie et la médiocrité s'affrontent inlassablement. La méfiance et la pesanteur quotidienne imposée par la 'Ndrangheta sont toujours aussi bien rendues dans les silences, les abstentions, les gestes suspendus des uns et des autres.

Tout ceci donne un récit réjouissant, mais un peu moins sans doute que La revanche... ou Le pacte... qui étaient de vraies découvertes gourmandes. Les figures sont désormais connues et plutôt prévisibles, le décor et les personnages secondaires qui en faisaient la saveur et auxquels Gangemi accrochait son humour acerbe sont beaucoup moins fouillés (le roman est d'ailleurs beaucoup plus court). Ceux qui aiment retrouver inchangé, de livre en livre, un monde fictionnel apprécieront La vérité du petit juge. Les autres aussi, mais ils attendront le prochain opus pour vérifier que Gangemi n'est pas tombé dans le piège de la routine (en librairie le 6 avril 2017).

Chroniqué par Philippe Cottet le 03/04/2017



Illustration de cette page : Capocollo