Un cadavre pour un autre (U comme Usurpation)

U
Sue Grafton

Un cadavre pour un autre (U comme Usurpation)

États-Unis (2009) – Seuil (2011)


Traduction de Marie-France de Paloméra

Un jeune homme se souvient avoir assisté, enfant, à une scène qu'il lie, vingt ans après les faits, à l'enlèvement et la disparition mystérieuse d'une fillette. Il charge Kinsey Millhone de vérifier la réalité de son souvenir. L'enquêtrice trouve rapidement le lieu, mais c'est le squelette d'un chien qui est mis à jour. Suffisamment intriguant cependant pour empêcher Kinsey de clore l'affaire

À quelques semaines du repos estival, Un cadavre pour un autre, nouvel opus de l'abécédaire de Sue Grafton (lettre U comme usurpation), tombe fort à propos. Idéal pour la plage serait peut-être injuste, mais il s'agit d'un roman de divertissement facile à lire, sans grands enjeux de style ou de narration, dont on pourra aisément coincer la lecture entre une sieste postprandiale et le bain de l'après-midi.

L'intrigue en elle-même n'est pas la partie la plus intéressante d'Un cadavre pour un autre. Après tout, Kinsey Millhone – remarquable et talentueuse détective – est là pour montrer le triomphe de la volonté et les vertus de l'indépendance, professionnelle ou sentimentale. Quoi qu'il advienne, elle réussira et Grafton livre donc assez vite les clés du mystère, conduisant le lecteur à plutôt la suivre dans un whydunit sur deux époques.

Naviguant entre le milieu des années 60, époque de l'enlèvement de la fillette, et la fin des années 80, date de l'enquête de Kinsey, elle décrit avec acidité une classe moyenne californienne bien moins heureuse qu'elle tente de le faire accroire, à elle-même et aux autres.

Comme dans le précédent roman chroniqué ici, on rencontre peu de personnages vraiment sympathiques. Beaucoup de femmes irascibles, teigneuses, dévorantes (la grand-mère Kinsey, Diana, l'alcoolique Avis Gent, etc.) voire irresponsables (Destiny) opposées à des figures maternelles aimantes (Deborah, Johane, la tante Gin et, en substitut autoritaire, la patronne du bistrot, Rosie) calées dans la réalité et dans la norme, qui seules apparaissent comme des êtres positifs. Dans cet univers féminin, pour ne pas dire matriarcal, les hommes sont le plus souvent faibles, absents ou mis à l'écart, certains réduits à un ensemble de pulsions (sexuelles, d'addiction au travail ou à l'alcool), tous aisément manipulables. Avec ce que cela implique, aussi, dans les relations parents-enfants, qui prennent une grande place ici.

Une bonne partie d'Un cadavre pour un autre est destinée à faire progresser l'histoire personnelle de Kinsey Millhone. Les habitués de la série y trouveront sans doute un intérêt pour mieux comprendre la personnalité de l'héroïne. Les passagers clandestins sur l'œuvre de Grafton en seront, eux, pour leurs frais. (en librairie le 3 juin 2011)

Chroniqué par Philippe Cottet le 03/06/2011



Illustration de cette page : Chien-loup