Le paradis (ou presque)

L
Charlie Huston

Le paradis (ou presque)

États-Unis (2005) – Seuil (2011)


Ttraduction d'André Roche

Meurtrier recherché dans son pays, Hank Thompson est délogé de sa planque, dans une zone du Yucatán encore ignorée des touristes, par l'arrivée d'un jeune routard qui cherche à lui soutirer un million. Avant de mourir, le maitre-chanteur informe Hank que ses parents sont menacés, l'obligeant à rentrer chez lui. Il n'y est pas seulement attendu par le FBI et la mafia russe, mais par toute la population, car il est devenu, en son absence, la vedette de l'émission TV L'homme le plus recherché du Pays.

Le Paradis (ou presque) fait partie de ces livres courts en bouche : parfaitement écrits pour accaparer votre attention, redoutablement efficaces pour vous faire tourner les pages et dont il ne reste strictement rien une fois refermés.

Contrairement à son précédent roman paru chroniqué ici (Pour la place du mort) qui disposait d'une vraie profondeur, tant dans l'histoire que pour les personnages, Le Paradis (ou presque) est une longue cavale violente au crescendo assumé, mais tout à fait machinal. Le héros, meurtrier implacable toujours malgré lui, est finalement un brave type : il aime son chat (comme le Tueur à gages de Graham Greene), il a investi dans le commerce de son ami Pedro et il va risquer sa vie parce qu'il adore son père et sa mère, ainsi que le proclame fièrement l'un de ses nombreux tatouages.

Ce contraste entre cette bonne pâte et l'horreur des crimes commis, par lui ou ceux qui le poursuivent, pour la gloire mais surtout pour l'argent, constitue le moteur du roman.

Thompson est coincé dans son rôle de tueur un peu comme il l'est dans celui d'amateur de football américain. Au départ fan de base-ball, il a dû y renoncer au moment de sa disparition pour éviter d'être repéré et il s'est alors tourné vers ce sport brutal et agressif. Il le déteste par-dessus tout, mais il en connait sur le bout des doigts les règles, les tactiques, les enjeux, ce qui en fait une excellente métaphore de sa vie de criminel [1].

La longue cavale de son tueur et ses hésitations à commettre à chaque fois lui-même l'irrémédiable permettent à Charlie Huston d'enrichir son récit de personnages déjantés et violents pas forcément très originaux. Le seul qui émerge quelque peu est celui de Sid, jeune meurtrier par goût et non par intérêt, qui va poser un vrai cas de conscience à Thompson, jusqu'à leur dernière scène qui constitue le climax du livre.

Le Paradis (ou presque) ménage à Hank Thompson une porte de sortie vers de futures aventures, dont on espère qu'elles ne seront pas seulement l'exposé, distrayant mais frustrant, d'un simple savoir-faire. (en librairie le 7 mars 2011)

Chroniqué par Philippe Cottet le 12/03/2011



Notes :

[1] Astucieusement, d'ailleurs, Huston lie les principales étapes du retour de son héros aux États-Unis avec les matches d'accession aux play-offs de son équipe favorite, les Miami Dolphins.

Illustration de cette page : Dan Marino, le légendaire QB de la franchise de Miami.

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Remain in light des Talking heads (1980)