Une heure de silence

U
Michael Koryta

Une heure de silence

États-Unis (2009) – Seuil (2011)


Traduction de Frédéric Grellier

Lincoln Perry est chargé par Parker Harrison, un ancien meurtrier qui n'a plus fait parler de lui depuis sa sortie de prison, de tenter de retrouver le couple Cantrell, qui l'avait alors aidé. Ces derniers ont disparu sans laisser de traces, douze ans plus tôt, abandonnant la splendide propriété où ils accueillaient, pour leur réinsertion, des criminels comme Harrison.

Le nouveau roman de Michael Koryta, Une heure de silence, aurait tout aussi bien pu s'appeler Orgueil et préjugés tant l'histoire racontée ici tourne autour de ces deux thèmes. Pour interroger, au final, les aptitudes au changement de l'être humain.

Trois enquêteurs, semblables dans leur obstination, se croisent dans ce récit qui est d'abord celui de leur échec. Dunbar mâchonne le sien depuis quinze ans qu'il a quitté le FBI, passant toutes les heures de sa retraite à accumuler les preuves et indices contre Dominic Sanabria, le parrain local, qu'il n'a pas été capable d'appréhender pour meurtre. Cela fait douze ans que Ken Merriman, détective privé engagé par les parents de Joshua Cantrell, rumine son incapacité à retrouver le couple, à laquelle il ajoute désormais la ruine de sa vie personnelle, concrétisée par son divorce. Quant à Perry, il voit se construire le sien sous ses yeux. Il va même y contribuer, par son aveuglement, au point d'envisager quitter la profession. Pour ne pas rester sur ces échecs, pour qu'on ne puisse les réduire à ceux-ci, ces trois-là sont prêts à toutes les imprudences, toutes les manipulations.

Beaucoup de problèmes évoqués dans Une heure de silence auraient pu être évités si les protagonistes n'étaient pas d'abord victimes de leurs préjugés. À commencer par Perry, qui ne peut se défaire de sa méfiance à l'égard d'Harrison, ce drôle de client qui demeure pour lui un assassin bien qu'ayant accompli sa peine. Ou bien Dunbar, qui finit par penser que le seul meurtrier sur Terre est sa baleine blanche, Sanabria.

Or, ce que montre en partie l'engagement des Cantrell, c'est que la confiance et le respect que l'on porte à l'Autre paient. Très curieusement, ce sont les “ bons ”, les “ gentils ” de l'histoire qui, procédant finalement toujours en défiance et en mensonge, compliquent et enveniment les choses. On comprend mieux toute la beauté de ce lieu désert et silencieux, de ce tombeau des rêves auquel reste attaché Harrison, très éloigné des préoccupations mesquines des hommes ordinaires.

Comme souvent, le fond de l'histoire narrée par Michael Koryta est intéressant, notamment parce qu'il tente d'aborder des thèmes oubliés depuis longtemps par la littérature de divertissement. Je suis beaucoup plus réticent sur son écriture, qui peine à se singulariser, à hauteur des questions morales qui sont les siennes. Beaucoup de longueurs, des effets mélodramatiques plutôt dispensables, les éléments destinés à entretenir la récurrence de son héros, alourdissent le propos d'un roman qui a déjà fait le choix, bienvenu à mon sens, d'une relative lenteur.

Il faut beaucoup de patience pour extirper de cette écriture convenue les quelques pépites cachées par Michael Koryta. Ce qui conduit à ce sentiment mitigé pour Une heure de silence. (en libraire le 13 novembre 2011)

Chroniqué par Philippe Cottet le 12/11/2011



Illustration de cette page : Joueur des Cleveland Indians

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Stories From The City, Stories From The Sea de PJ Harvey (2000 - Island) - Led Zeppelin IV (1971 - Atlantic) - [special dedicace to Marina] Dónde Están los Ladrones? de Shakira (1999 - Sony)