Une tombe accueillante

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Michael Koryta

Une tombe accueillante

États-Unis (2007) – Seuil (2009)

Titre original : .
Traduction de Mireille Vignol

Un riche avocat d'affaires est retrouvé mort après avoir été horriblement torturé. La veuve, ancienne fiancée du détective privé Lincoln Perry, lui demande de rechercher le fils de son mari, qui s'était brouillé quelques années plus tôt avec son père. Quand Perry retrouve ce dernier et que, terrorisé, celui-ci se tire une balle dans la tête, tout se complique. Seul témoin du suicide, le détective privé devient un suspect évident pour la police.

Une tombe accueillante démarre de façon plutôt paresseuse sur une situation archétypique du roman noir, celle de l'innocent sur lequel va s'acharner la police [1]. Comme l'écriture de Michael Koryta est plutôt minimaliste – environnement réduit à sa plus simple expression, pas d'ambiance, psychologie restreinte – et sans fioriture stylistique, ce début est assez peu engageant, d'autant qu'il nous donne le sentiment de comprendre assez aisément les intentions de l'auteur.

Une fois les évidences atteintes, il reste encore plus de la moitié du livre à parcourir et tout un tas de questions sans réponses. La lente préparation va alors commencer à porter ses fruits car si la police s'acharne sur ce pauvre détective, c'est surtout parce que quelqu'un fait tout pour l'incriminer. Du coup, nous passons avec beaucoup de bonheur dans l'aspect machination de l'histoire, qui devient comme sable mouvant pour l'infortuné détective. Michael Koryta une tombe accueillanteLincoln Perry ne sait pas trop ce qui se passe, si on le manipule – et, dans l'affirmative, qui ? – et surtout pour quelles raisons. Son machiavélique et mystérieux ennemi a toujours un temps d'avance sur l'enquête qu'il mène, introduisant dans la machine policière toujours plus d'éléments à charge et de preuves contre lui. Toute cette partie, parfaitement menée, est assez prenante, les suspects et les raisons possibles affluant alors à l'esprit du lecteur. Rien cependant à côté de ce qu'est réellement cette machination, construction complexe où « la confusion tue ».

Il reste à conclure cet intéressant morceau de suspense et nous retombons là dans une partie beaucoup plus classique, de pure action, qui ménage quand même quelques ultimes retournements de situation. Si cette fin conviendra à la plupart des lecteurs, j'avoue qu'elle m'a laissé dubitatif. Le recours au personnage assez convenu, voire médiocre, de Thor – l'implacable et impénétrable tueur russe – pour dénouer l'histoire m'apparait comme une facilité et une inconséquence [2].

Michael Connelly classe Michael Koryta parmi « les meilleurs des meilleurs... tout simplement ». La lecture, certes plaisante, d'Une tombe accueillante me fait penser qu'il lui reste quand même un bout de chemin à parcourir.

Chroniqué par Philippe Cottet le 28/04/2009



Notes :

[1] C'était la situation de départ du récent roman de Lashner Le baiser du tueur.

[2] Certains romans amerlocains deviennent des édifices toujours plus complexes et violents qui ne peuvent être défaits que par une violence encore supérieure.

Pour dédouaner leur héros de l'exercice de cette violence, les auteurs créent des personnages secondaires à même d'accomplir cette tâche, des supplétifs de la torture et de l'assassinat qui assumeront la partie ingrate et sale du boulot : Bubba Rogowski chez Lehane, Clete Purcell chez Burke, Leonard Pine ou récemment Booger chez Lansdale, etc. Au moins les héros de ces romanciers ont-ils conscience de cette violence extérieure qui laisse une marque poisseuse et douloureuse en eux. Chez Koryta, pas de psychologie, Lincoln Perry passe simplement à autre chose...

Illustrations de cette page :
Rasoir

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note :
Chrome Dreams II de Neil Young - Missa Brevis de Zoltán Kodály (1986)