Complots mathématiques à Princeton

C
Claudine Monteil

Complots mathématiques à Princeton

France (2010) – Odile Jacob (2010)


Un célèbre mathématicien français travaillant à Princeton est assassiné. Tandis que le FBI tente de découvrir la vérité et l'éventuelle implication de services secrets étrangers, sa fille mène l'enquête.

Les lecteurs de romans policiers sont désormais, majoritairement, des lectrices et il n'est pas étonnant qu'auteurs comme éditeurs fassent évoluer leur matière pour se rapprocher de ce qu'ils pensent être le désir de lire de cette clientèle.

Le grand continent polar accueille donc de plus en plus de livres qui, à une pâte criminelle beaucoup moins violente, ajoutent de la “ psychologie ” — je place exprès le mot entre guillemets —, et, surtout, de la romance. Le whodunit convient parfaitement à cette évolution, car il permet de mettre en scène des héroïnes volontaires, intelligentes, courageuses et intuitives avec qui les lectrices pourront positivement s'identifier. On ne demande guère à cette branche du roman policier d'être un témoin du social ou du réel, alors elle se contente de présenter le crime comme un divertissement dépaysant, où la vraisemblance des procédures et des situations reste la préoccupation que de quelques rares plumes.

albert einstein à princetonC'est à ce schéma que répondent ces Complots mathématiques à Princeton. L'héroïne, une écrivaine quadragénaire mince, dynamique, cultivée et libre sentimentalement, mère épatante et formidable complice de sa merveilleuse fille de 19 ans, va donc enquêter sur la mort d'un père tout à fait extraordinaire dans le milieu très privilégié des universitaires américains.

Hors une étonnante et incongrue phrase évoquant la misère des Américains confrontés à la crise, Claudine Monteil nous fait rester entre gens de très bonne compagnie, une Upper class d'enseignants de haut niveau, de traders richissimes et de bourgeoise vendeuse d'antiquités. Les souvenirs de la jeune Charlotte sont ceux d'une petite bande d'happy few faisant du yachting au large de Cap Cod, là où l'élite de la côte Est trouvait refuge dans les 60's. Le chat est de race, le homard du Maine et le commandant... du FBI ce qui permet de donner la couleur locale, avec l'évocation des Kennedy et celle, répétée, insistante, du 11 septembre.

À rebours de tout ce que nous ont appris les autres écrivains polardiers (et certainement le réel) sur le Bureau Fédéral, Charlotte est étroitement associée à l'enquête sur son père, le commandant partageant, en espérant mieux, toutes ses informations avec elle et devenant même, quelque part, le supplétif de cette incarnation déterminée et en jupons de la Justice.

On sent que l'impossible neutralité des scientifiques à l'égard du politique, leur arrogance, la corruption absolue de l'argent auraient pu être les vrais enjeux de ce Complots mathématiques à Princeton. Mais Monteil ne fait que les frôler et déroule, de son écriture très propre et très sage, un fil convenu (assez inspiré par les aventures d'Ed Thorp dans les années 60 ou de la bande du MIT dans les années 90), passant par une coucherie quasi thaumaturgique (car Charlotte est un Viagra mental à elle toute seule) et finissant dans le pathos avec les histoires d'Elizabeth, de David et de Peter. Un roman comme mille autres, ni plus ni moins mauvais qu'eux.

Chroniqué par Philippe Cottet le 11/03/2010



Illustration de cette page : Albert Einstein à Princeton

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Chicago Transit Authority (1968)