Coup de chaud à la Butte-aux-Cailles

C
Yves Tenret

Coup de chaud à la Butte-aux-Cailles

France (2015) – La Différence (2015)

Titre original : Coup de chaud à la Butte-aux-Cailles
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Un ancien professeur à la dérive voit quatre de ses amis mourir brutalement. À chaque fois, celui chez qui il a trouvé refuge était présent ou en relation avec le mort. Et il est encore là lors d'un massacre dans un salon de massage du quartier.

Les éditions de La Différence s’invitent donc sur le segment – lucratif, encombré et finalement pas si facile que ça – du polar et du Noir. Coup de chaud à la Butte-aux-Cailles, l’un de leurs romans inauguraux possède un titre évoquant Léo Malet, une robe qui rappelle un peu celle habillant une réédition en cours de Ross Macdonald et la taille d’une longue nouvelle.

Nous sommes ici dans le roman d’atmosphère, celle d’un quartier de Paris qui, durant les années 1990, a perdu l’authenticité villageoise qui fut longtemps la sienne et que Tenret tente de retrouver chez quelques habitants, famille élargie du bistrot Les Barreaux où chacun se supporte, où chacun se déteste. Coup de chaud à la Butte-aux-Cailles suit Walter, un enseignant en sortie de vie, chassé de l’Éducation nationale pour son alcoolisme, viré du domicile conjugal sans doute pour les mêmes raisons, et qui a échoué chez César.

Le Gros squatte une maison sur la Butte, qu’il remplit d’une accumulation d’objets inutiles en bon chifforton qu’il n’est pas. Chez cet ami de quarante ans qu’il ne connait pas si bien que cela, Walter peut continuer de se torcher le blair plus que de raison, enchaînant les cuites magistrales et les instants de lucidité où il prend conscience de sa dégringolade et de sa clochardisation et... remet au lendemain ses intentions de changer de vie. Dans l’un de ces moments, il se surprend à constater que quatre de ses amis les plus proches sont morts et qu’à chaque fois, César était dans le coin. Le Gros est-il un meurtrier ? A-t-il quelque chose à voir avec le massacre à La fleur de Prunier ? Que fait-il de ses journées d’ailleurs ?

Parodie d’enquête policière, Coup de chaud à la Butte-aux-Cailles permet à l’auteur d’évoquer ce quartier bobo et son concubinage spatial avec l’aire asiatique voisine, celle du triangle de Choisy. De façon légère, Tenret revient sur la présence chinoise à Paris, le dynamisme de cette communauté, les obligations nées de l’exil, les salons de massage et les réseaux de prostitution.

Mais il brosse surtout le portrait des familiers des Barreaux, la Coréenne Park Yun – à la recherche d’un mari qui la respecterait et lui remettrait sans discuter son salaire –, le Commissaire qui apprécie tant les petites mains de ces masseuses (et plus si affinités), les Daniel propriétaires du rade et, évidemment Walter et César…

Si Coup de chaud à la Butte-aux-Cailles est bien écrit et éventuellement pittoresque, il se révèle sans grand intérêt à mes yeux de Parisien et sans réelle saveur pour satisfaire mes exigences d’amateur de noir et de polar.

Chroniqué par Philippe Cottet le 26/02/2015



Illustration de cette page : Graffiti

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Bajofondo Tango Club de Bajofondo (2002 - Vibra records)